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Fri, 04 Jul 2008 22:00:00 +0000

Avignon, moi, nous, nous entrons lentement dans le festival
Place de l?horloge les deux premiers croqueurs se sont installés, en attendant la rangée qui devrait venir, puisqu?il semble que la municipalité semble les tolérer (j?espère que la maréchaussée sera moins omniprésente que l?année dernière ou à tout le moins sans augmentation) - perplexité, comme à Beaubourg, devant l?abnégation de ceux qui acceptent de partir en serrant sur leur c?ur cette vision de leur visage
Lorenzo a investi de nouveau le hall de la mairie, et je trouve sa bonne femme séduisante
La boutique du in est installée. Impression que l?achat de billets, ou l?acquisition de ti-shits (pas laids d?ailleurs) ou de carnets s?opposent presque, et que les festivaliers comme cette tente font partie d?un décor pour touristes de passage (et je n?ai pas de complexe pour photographier les rassemblements ou publics, certaine que je pars fixée sur des pellicules pour des destinations plus ou moins étranges)
Le marché aux livres du cours Jean Jaurès est ouvert depuis plusieurs jours et le « marché » des allées de l?Oulle s?installait le 4. Pour tester mes jambes suis allée y faire un tour, découverte sans suite (mais c?est vaguement sympathique)

sauf peut-être quand le café du off sera ouvert (quoique je préfère les spectacles, si j?en ai la force; ou parades).
Il commence le 9 ou le 10. Les troupes arrivent et les premières affiches (présence très très modérée encore) et dans la ruelle devant le Funambule des chinois s?activaient avec des planches et des perceuses

Pour le « in », premier spectacle ce soir, que je ne verrai pas. Regret modéré parce que j?avoue (horreur) que j?ai peu de goût pour Claudel, même le « partage » - regret tout de même parce que j?ai de beaux souvenirs de Valérie Dréville et de Sivadier et Nicolas Bouchaud(sans compter les deux autres) et que j?aimerais entendre ce que son chant fait dYsé. Voir aussi ce que donne cette mise en scène collégiale. Mais la carrière n?est pas pour moi (pour les trajets et la certitude de ne pouvoir la quitter en cours de spectacle si carcasse veut)
Voilà, voilà
Ah si ! - les travaux de réfection du mur de soubassement rue des Teinturiers, interdisant la circulation sur une cinquantaine de mètresont programmés en juillet

 
Thu, 03 Jul 2008 22:07:00 +0000

Pluie qui m?est allibi pour me cloîtrer (et m?imobiliser en me lavant les cheveux) - vide interne - rien - refuge de plus en plus fervent dans la lecture des « Anneaux de Saturne » de Sebald
Voyage à partir du Norfolk en longue coulée, dans ce que lui disent ces paysages ou ce qu?il rêve à partir d?eux - pans de vies, corps d?idées - rebondissant de ces visions assez désolées, ou de ces paysages mourrants à d?autres, de personnages en personnages, échos secrétés par, et nourriture des lieux, éléments constituant par touches une philosophie.
Et c?est par eux que je me retrace ce trajet, ne gardant le corps du livre, sa saveur, que dans les souvenirs qu?ils amènent pour moi et qui doit être découvert en lisant. (mais ceci est de plus en plus bloc note personnel) Certains (nombreux) totalement inconnus de moi
Michael Parkinson « l?un des hommes les plus innocents qu?il m?ait été donné de rencontrer », son manque de besoin, l?étude de Ramuz
Thomas Browne - les dissections, la leçon d?anatomie de Rembrandt - l?état flottant d?un opéré - l?érudition et le quinconce retrouvé partout et « dans le jardin du roi Salomon, dans l?ordonnance des lys blancs et des grenadiers qui y sont alignés au cordeau »? - les sépultures, la crémation
Hazel, le jardinier de Someleyton et la guerre aérienne
Les pécheurs de harengs et le dépeuplement des océans, ou leur empoisonnement
Bioy Caséres, les miroirs - son exemplaie de l?Anglo American Cyclopedia. - à l?existence incertaine
Johan Mauritz, les fortunes faites par les négociants au siècle d?or, et l?exploitation du Brésil
Les croates, Banja Luka et le traitement infligé aux serbes
Roger Casement, son histoire reconstituée ou rêvée, le Congo, Conrad, le jugement de ce dernier sur l?horreur de cette colonisation, et son histoire quand il était Jozef Teodor Konrad Korzeniowski, Cracovie, l?Ukraine, le traineau et l?oncle Tadeuz (et ces pages sont admirables)
L?empereur Xianlong, les compagnies occidentales, l?opium, l?impératrice Cixi, la sècheresse de 1878, et l?amour de l?impératrice pour les vers à soie - « ces créatures pâles, presque transparentes,qui délaisseraient bientôt leur vie au profit du fil ténu qu?elles tissaient, lui apparaissaient comme ses véritables fidèles. Elle voyait en eux le peuple idéal, zélé?. » - ses adieux à la vie et à l?empire, et les théories sur le temps humain.
Algerson Swinburne, ses excursions à Dunwich, sa fuite des salons préraphaléiques - « l?autodissolution progressive de la vie » - la mer qui gagne et le déplacement de la petite ville
Délaissant les personnages : « toute la civilisation humaine n?a jamais été rien d?autre qu?un phénomène d?ignition plus intense d ?une heure à l?autre »
Une lande, le rêve d?un clair labyrinthe et Michael Hamburger et les souvenirs de sa jeunesse berlinoise (de leur)
Edward FitzGerald, la ruine des propriétaires irlandais - la chasse qui prend possession de la campagne et la superbe visite halucinée aux terrains qui ont servi à la recherche d?armes secrètes?.
Etc? enfin -
pardon - exercice pour me rassembler - début de dégringolade, résultat de l?approche du festival.
images sans rapport of course
et l'asemblée prépare :de belles gueules de bois à ceux qui ne s'intéressent pas aux jolies lois de l'été - et des condamnations de la France par l'Europe (genre CNE)

 
Wed, 02 Jul 2008 22:07:00 +0000

Entendu ce matin à propos de je ne sais qui : «sa vie a commencé très tôt » - éprouvé un profond respect pour cette performance
Revenir d?une matinée de presque affluence, affluence presque excitée (mais pas trop) et retrouver le désert de paumée.
Comme la longue plage - marcher sur le sable, juste à coté de l?eau, des doux et roides roches de la pointe à la maison de pêche, continuer, faire glisser les yeux le long de l?allée qui s?ouvre, tout droit vers le haut et la terrasse avec les camélias, saluer le souvenir des mimosas morts, repartir jusqu?à la petite maison basse et vide, avoir devant soi encore une longue courbe très tendue et très blanche jusqu?à la petite pointe et la demeure des luxembourgeois, renoncer, regarder la mer et savoir qu?il faut y marcher longuement avant que l?eau atteigne ma taille, gravir l?ébauche de talus, s?étendre sous les pins, s?endormir, malgré l?agacement des épines sous ma paume et de stridences de grillons à la limite de ma conscience. N?avoir rencontré personne - peut être des voix glissant sur l?eau.
Photos sans rapport, je me demande avec quoi d?ailleurs
Continuer ?





je découvre à minuit la libération d'Ingrid Betancourt - soulagement - joie pour elle et les siens - espoir pour tous les autres ?*effarement en pensant à ce qui l'attend
Là dans le choc, vollubile, beaux et grands mots certainement pensés, et derrière, qui transparait, un petit lutin jubilant de joie profonde et instinctive

 
Tue, 01 Jul 2008 22:11:00 +0000

Peuchère ! Francine avait eu la vie dure. Et ce n?était pas sans mal, par études et alliance, par mérite et manque de foi, qu?un peu de sérénité lui était venue, avec le plaisir tiré d'un métier que ses admirateurs disaient digne d?elle, et dont elle se jugeait digne.
L?était belle, soignée, et bonne maîtresse de maison, capable de veiller à ce que rien ne trouble l?harmonie qu?elle avait créé elle-même - elle avait compris qu?un décorateur pouvait la conseiller, mais ne pas imposer son cadre, le figer, même après une étude approfondie, yeux mi-clos, air pénétré et bras enserrant son épaule - elle savait aussi que l?ordre ne devait pas être trop grand, juste un reflet de sa rigueur intellectuelle, et effet visible de la présence d?une domesticité, même - surtout - réduite.
Enfin l?harmonie?. Il y avait des sourires chez les plus vieux, les plus ancrés?.
Elle a rencontré Francette, revenue dans leur ville, un peu fanée, toujours droite, sans attaches, avec juste son nom, et, naturellement, sans autre raison que cela : cette reconnaissance instinctive, dans leur enfance, de leur parité, différence, complémentarité, elles se sont retrouvées amies.
Et Francine a vu dans les yeux de Francette, qui l?embrassait en lui donnant son petit bouquet de fleurs, et regardait par-dessus son épaule, un petit recul, de l?effarement, un début d?ironie peut-être.
Elle a étendu ses bras pour regarder son amie à la bonne distance : elle a demandé « tu n?aimes pas ? »
- « ça fait beaucoup ma belle? mais il y a d'assez belles choses. Au fond ça te va? je suppose que chaque truc a une histoire? raconte, veux-tu ? »
N?importe quoi, mon cerveau continue de se ratatiner dans un crâne inchangé, et ballotte.
en fin d'après midi fait acte de présence devant la mairie avec les tenants du non http://brigetoun-avignonmu.blogspot.com/

 
Mon, 30 Jun 2008 22:28:00 +0000

Divagations sans conséquence dans le désert
Nuit et matinés fraîches ou presque
Pieds nus, miel en bouche, sortir, se sentir grandir, voir que contre tout espoir des fleurs, trop petites et fragiles, mais réelles, et odorantes si je pose mon nez dessus, m?attendaient. De blanc vêtue, à presque grand pas, matinée ville
En équilibre, un pied devant l?autre sur une idée de trottoir, dans l?ombre douce, lever les yeux dans l?indistinct, comme dans un rêve, paisible et sombre, avec juste quelques souvenirs de structures.

Une impardonnable mais dignement refreinée pulsion, entrer dans cette simplicité où je ne suis pas attendue (le savon avait une odeur de lavande) et grimper vers on ne sait quoi.
Me choisir Marie ou Jeanne ou les deux, dans ma kyrielle de prénoms, me blottir sur le balcon, derrière le fragile abri de la plante, dans une cachette virtuelle, inventée, irréelle, et guetter le passage des oiseaux - et je fredonne : linotte, échasse blanche, mais je sais qu?elles nous préfèrent des régions plus fraîches, fauvette, gobe-mouche mais que feraient ils en notre ville, même si je savais les voir, moineau mais je les ai laissés à Paris. Restent les pigeons, et d?ailleurs je me suis endormie.

Revenue un moment , après gavage et sieston,vers l?ordinateur (il me donne chaud), découverte d?un nuage chez lignes de fuite http://blog.lignesdefuite.fr/ et de ceux de François Bon http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article401 et me suis amusée à en faire faire, simples et narcissiques (mais un ?et un non ont disparu)
détournement sans grand intérêt de ce qui peut faire le portrait d?un site par les tags
En fin d?après midi, dans une cour redevenue presque tempérée, j?ai pris de la terre. Une fâcheuse tendance pour elle à manquer totalement de souplesse et choisir cinq points de fracture lorsque je lui demande de se tordre un tantinet, avec une fâcheuse tendance pour moi à l?état liquide. L?ai entortillée d?un voile de gros coton trempé, revêtue de transparence plastique, mis Brigetoun sous une douche et regardé d?un ?il morne l?aspirateur.
Aujourd?hui, pour ce nouveau mois, en dehors de mon petit sanctuaire, début de nos excuses navrées auprès de nos frères européens pour l?homme que nous leur imposons et ses compaings (ah son insistance prévisible pour que soient généralisées ses jolies lois sur l?immigration) et un adieu respectueux à Madame Lise Arbour

 
Mon, 30 Jun 2008 22:20:00 +0000






narcissique ?

 
Sun, 29 Jun 2008 22:07:00 +0000

Je suis un peu navrée de ma forme qui semble-t-il ne sera pas à la hauteur pour le Festival (et s?y ajoute cette année une difficulté à supporter la chaleur)
En fin d?après midi dimanche, traversée de l?esplanade vibrante de chaleur, vers le petit palais, pour le concert Oscar Strasnoy, compositeur que, je l?avoue, je n?avais jamais entendu.
Pause sous les arcades et pulvérisation en pénétrant dans la salle pour que la carcasse accepte le brusque passage entre le désert et le congélateur
Avant de partir ultra rapide recherche (je préfère en ce cas écouter). A travaillé avec Guillermo Scarabino, Guy Reibel, Michaël Levinas, Gérard Grisey. - miam, miam (enfin on est loin de l?austérité de Grisey, de la rigueur de Reibel, plus proche des autres par une recherche du plaisir, de l?évidence - impression personnelle, sans autre autorité)
Il a dit : ma musique est «posthistorique, postindustrielle, postmortem de l'art, post-it, tout ce que l'on veut" - ce qui à mon sens ne veut pas dire grand-chose. (ou le post est plutôt joyeux)
En entrée, des extraits d? »Underground« , musique composée pour une projection en 2003 (au moment où j?ai cessé de pourvoir assister à ces séances) à l ?auditorium du Louvre du film d?Anthony Asquith (1928) - pour un trio composé d?Oscar Strasnoy au piano (jouissif), Pablo Marquez guitare - toute son interprétation nourrie d?une science, d?une musicalité même inemployée - Gabriel Saïd belles percussions, et inventivité
Version de concert concentrant en une vingtaine de minutes la version «accompagnement«, avec selon le compositeur des modifications dans l?organisation des éléments. Un mélange de latino, des dialogues piano percussion sombre, du jazz, des petits passages naturalistes (des pas), un beau solo de guitare, une marquetterie de percussions, une ligne qui se referme sur elle-même. Séduisant sans complaisance ni facilité, un confort, presque.
Puis création de « Quodlibet » (ce que tu voudras) - le trio devenu quintett (une formation « Ego Armand Quintett » fondée par Strasnoy) par adjonction de la belle contrebasse d?Eric Chalan et d?un chanteur qu?ils soutiennent et semblent apprécier, plein d?entrain, d?amour de cette musique et d?assurance, et qui, pour moi, était un peu le problème.
Il a dit : musique populaire (« L?intérêt de cette musique n?est pas dans ce qu?elle peut apporter au progrès musical mais celle de l?expression quasi-automatique de sentiments partagés par la plupart des mortels») - avec, intercalées, des «chansons composées pour Ingrid Caven sur des textes de Hans-Magnus Enzensberger, Jean-Jacques Schuhl, Reiner Werner Fassbinder et Alberto Manguel » et des influences de Bach, Liszt, Stravinsky, Messiaen et autres. Réveuse j?étais.
En fait une belle diaprure, en huit pièces
La voix de contre-ténor (qui selon moi manquait de naturel dans l?aigu, sentait un peu l?effort et restait un peu plate) à peine accompagnée, pour débuter la première pièce, et puis on sortait du cristal pour une belle tension, et il devenait plus convaincant. Un peu une musique pour des élisabéthains égarée dans la forêt d?Ardenne - des groupes de notes lancés comme pour un chant de paysans d?opéra - un souvenir stylisé du cabaret berlinois - Cuba - des passages du soprano à un récitatif nasillard, sur les instruments dérapant - de belles alliances entre guitare, contrebasse et voix dans le médium, etc....
De la fantaisie, un goût de la plaisanterie, servis par une composition plus savante qu'elle ne le montre. Mais j?aimerais les entendre avec un autre chanteur (même s?il a sans doute inspiré une bonne partie de la musique) - avis tout personnel.
Retour par la fraîcheur enfin descendue dans les rues en pente
Dans la nuit, écouté Jean-Pierre Verheggen (gouteux) et Jean-Michel Maulpoix chez André Velter.

 
Sat, 28 Jun 2008 22:06:00 +0000

Samedi matin quand un petit vent gai rendait la marche légère Désert - pour moi donc
Mathilde, dans la lingerie, a entrepris d?aider Julie. Concientes toutes deux qu?en fait elles n?ont rien d?utile à y faire.
Mathilde s?essaie à l?aisance, se voudrait habile, déteste se sentir, si peu que ce soit, chargée d?un rôle, sans légitimité ni désir, se refuse à investir l?intimité de la jeune femme, et elle retrouve aussi cette sympathie qu?elle avait ressentie à leur première rencontre, le plaisir de cette ébauche de familiarité qui avait semblé vouloir s?installer avant son départ, et celui des quelques lettres reçues, leur réserve fragile, une certaine liberté qui perçait peu à peu dans le ton.
Elle regarde l?autre, le sourire, le léger raidissement, la tête qui se détourne comme naturellement, et, à un moment, navrant, un regard furtif, comme acculé.
Elle rit, cherche une façon de l?entraîner hors de la pièce, de renoncer, d?enchaîner sur une visite neutre.
Julie s?est débatue - elle l?aime bien - pourrait presque lui faire confiance - mais il s?agit là de Madame Icart la jeune, et derrière elle il y a sa mère (la patronne se dit-elle avec ironie, se forçant à une hostilité protectrice) mais surtout Aurélie Icart, et le respect, la crainte que Julie éprouve pour cette femme.
Alors, brusquement, brutalement, elle se lance, employant des mots qu?elle sait choquants pour l?autre, pour exprimer ce qui devrait la heurter, ce qui ne se dit, ni ne s?éprouve, cet attrait qu?elle a eu pour Alphonse, le plaisir, cette indiférence totale à tout le reste - et je n?ai jamais cru que je l?aimais - cette certitude aussi qu?elle n?est pas vraiment de la même sorte. - Je n?ai rien, et rien à protéger, ni l?envie
- vraiment ?
Puisque le ton est celui-là, Mathilde veut croire qu?elle peut aussi en user, et s?en servir peut-être
- mais vous vous mariez
- on dit que je me marie
- que ferez vous alors ? Vous ne pourrez rester si la nouvelle n?est pas très vite répandue
- je ne sais pas. Je partirai. Je peux essayer de retrouver mon père
- le voudra-t-il ?
- pourquoi Alphonse devrait-il assumer ? J?ai voulu me croire libre...
Elles se regardent en face depuis le début de l?échange, mais peu à peu Julie semble rapetisser, se courbe un peu, épaules en berne
- Oh et puis, vous ne pouvez rien pour moi.
- je pourrais essayer de savoir, par les garçons, ce que pense vraiment votre ami. Mais, c?est vrai, vous ne l?aimez pas, ne voulez pas de lui?
Et Julie
- j?ai tellement peur, peur de gacher sa vie, peur de le contraindre et qu?il m?en veuille, peur de? que je crois que ce n?est plus vrai.
Mathile lui touche le bras, l?attire, et elle pleure.
Une petite remontée ou suite du roman de gare http://brigetoun-romandegare.blogspot.com/
En fin d?après midi, un « cercle du silence » à l?initiative de RSF et autres, assez moyennement fourni, suscitant un certain intérêt. Rien d?autre qu?une assez longue imobilité avec un panneau , et des sourires. Crevée. Trois petites photos sur http://brigetoun-avignonmu.blogspot.com/

 
Fri, 27 Jun 2008 22:05:00 +0000

Ma cour est entrée dans ses mois « fournaise » et je ramasse plusieurs fois par jour des feuilles non pas rousses et mortes mais calcinées, les dernières fleurs survivantes du bougainviller et sept ou huit fleurs qui tombent mollement après s?être refermées,
"Or ce qu'on n'a jamais su insiste
c'est ce qui te fait parler dis-tu
ou te taire l'imagination
n'est pas ton fort ni l'observation
plutôt cette attention à l'infime
comme cette brique descellée
au mur de la montée d'escalier
tu te demandes ce que tu cherches
tu ne comprends pas ce que tu trouves"
Jacques Ancet dans « Journal de l?air (1999-2000) sur son blog http://pagesperso-orange.fr/jacques.ancet/ (inédits) - découvert en sortant d?une lecture de pages de « la voix de la mer » lues à petites goulées, avec des retours en arrière pour retrouver mes marques, et chaque fois un plaisir jusqu?à ce qu?une obligation, une solicitation m?interrompe, et un abandon pendant plusieurs jours ( http://www.publie.net/ ) : critiques - parler d?auteurs avec une voix qui est d?un poète En sortant des halles vendredi matin, soudain me frappe la blancheur de cadavre que la restauration a donnée à la tour Saint Jean, et le caractère faux, reconstitué, qui en résulte pour les créneaux si nets.
Cette nuit les couches d?air jouent, la cour sera peut-etre moins torride demain (samedi)

 
Thu, 26 Jun 2008 22:14:00 +0000

N?importe quoi, et des pierres bretonnes en réserve pour m?évader de celles de ma cour
« J?ai vu à Pékin un homme qui traçait de magnifiques idéogrammes sur les dalles sèches d?une place publique au moyen d?un long pinceau trempé dans l?eau. Le soleil les effaçait en quelques secondes. Rapportant ce geste éphémère à mon activité de noteur cupide, j?en conçus un profond sentiment de honte que je confiai sur-le-champ à mon petit carnet. »
Plaisir de chaque matin en lisant Eric Chevillard http://l-autofictif.over-blog.com/
Mais là, admiration devant cette organisation (on reconnaît l?écrivain) moi je perdrais le carnet - ce que je pensais en regardant le tube d?éclairage de ma salle de bains que j?étais arrivée à extraire sans pouvoir enlever l?un des enjoliveurs et, dans l?autre main celui qui devrait le remplacer et que je ne saurais mettre moi-même (un quart d?heure d?effort jusqu?au vertige) - bénéfice : me laver sans me voir jusqu?au moment improbable où des mains de passage pourront régler la chose, dans un mois sans doute pas, dans un an on peut rêver. Et en même temps la radio parlait d?une panne dans cet hôpital pour lequel je garde un peu de la tendresse que l?on a pour un ancien domicile
Entendu Aubanel sur France inter ce matin : »on va d?abord faire la réforme, on réfléchira après »
Petite scène lue sur le « Point » entre notre grand civilisateur et Patrice Duhamel (j?avoue que je n?ai aucune idée sur le bonhomme, c?est la prétention du premier qui m?intéresse)
« Patrice Duhamel se souviendra longtemps de la remise de l'Ordre national du mérite à Yann Arthus-Bertrand, le 17 juin. Non pour les petits fours ni pour la qualité du champagne servi ce jour-là à l'Élysée, mais pour le moment pénible que Nicolas Sarkozy lui a fait passer. Devant 35 personnes, le président de la République a pris à partie le numéro 2 du groupe France Télévisions en l'accablant de reproches. Morceaux choisis captés par des témoins : "Il faut tout refaire, même l'info !" ou encore "En 14 mois, vous n'avez fait que trois pièces en direct et un opéra."?.
http://www.lepoint.fr/actualites-medias/quand-sarkozy-fait-la-lecon-au-numero-2-de-france-televisions/1253/0/255359 - cet homme veillant sur la culture, spectacle curieux.
Avec ses annonces de mercredi le cher petit homme a trouvé sa provocation du jour, pendant ce temps là le reste des travaux de démolition continue (une chose que je comprends mal tout de même : je n?ai lu nulle part que le non remboursement des médicaments « de confort » permettant aux malades de longue durée, ou aux guéris amochés d?assumer la vie existe déjà).
Se donner comme but de vivre jusqu?au bout de son règne pour contempler les ruines ?

 
Wed, 25 Jun 2008 22:16:00 +0000

Sortie ce matin, pour la première fois depuis plusieurs jours - je regrette moins les billets que je n?ai pu avoir (quoique Pommerat !) et jette un ?il que je m?oblige à garder désabusé sur le programme du off et la probabilité de pépites dans cette forêt, parce que je crains un peu que l?ensemble reste nettement virtuel. (manquerait presque également la motivation) - on verra
Cul posé sur la table, en fin d?après-midi, dans ma cour, pendant que les pierres finissent de rendre leur chaleur, je lis les 31 pages de « voiture » de François Bon (Publie.net http://www.publie.net/tnc/ 1,30 euro). - noté, vers le centre, après Proust, l?arrivée assumée dans la littérature de cette modification du regard qu?apporte la voiture, et l?introduction de la guerre dans la »Recherche » - et de l?avion -, noté les pages relatives comme à un « marqueur » du changement de civilisation, à l?histoire du grand-père de François Bon, fils de tailleur de pierre, la découverte du moteur pendant la guerre et d?une passion devenue métier
« En 1925 il revient au village avec sa Bretonne d?épousée et le bébé de six mois, pend un garage au tailleur de pierre, et devient motoriste?. » - et puis la seconde guerre mondiale et « ?le garagiste est l?homme-voiture dans toutes ses déclinaisons??. Il est taxi, non pas qu?on ait beaucoup besoin de taxi, sauf lorsqu?on le frète à plusieurs pour aller consulter les guérisseurs les plus célèbres, le rebouteux de Feliveau ou la dormeuse de Chaix. Chez la dormeuse, le chauffeur se rend à la cuisine, on lui sert un verre de vin rouge. Il est ambulancier, il a aménagé sa Traction pour installer un brancard à la place des sièges arrières?. Et continuité du service de l?ambulance au service des morts : pour simplifier les procédures administratives, le décès est déclaré au domicile, on convoque le grand-père pour ramener de Luçon les morts directement sur les brancards (Brigetoun en passant : relativité des statistiques) .A la maison on en plaisante, puisque le mort est censé être vivant on réinvente la conversation que l?on a avec lui? » et j?ai la sensation d?avoir vécu dans un monde autre mais semblable, sur le même niveau du temps.
Il m?aurait fallu une DS, je n?ai rencontré mercredi matin qu?une 2cv, ce qui m?a déjà semblé merveilleux, même si elle n'est que la petite soeur lointaine des premières que j'aimais.
Et ce n?est pas tant la voiture (objet que je goûte peu sauf pour des raisons extérieures à elle, pour le rêve, le plaisir esthétique que me donnaient les beautés de ma jeunesse, la Jaguar E ou la Berlinetta de Ferrari, et plus loin le cabriolet d?une marque dont j?ai oublié le nom et qui avait survécu dans les premières années d?après guerre, dans lequel j?ai vu arriver ce grand-oncle admiré d?autant plus que je sentais la réprobation souriante qui l?environnait - et ma joie en montant dans cette merveille - et le souvenir des vieilles tractions, pendant ma courte vie étudiante, que l?on trouvait encore dans des cours de ferme disait la légende, qui étaient là, et idéales pour transporter des pannets - je ne sais l?écrire avec certitude, disons châssis - ; moi bien sur je n?avais rien, je profitais, et d?ailleurs je n?ai pas dépassé les contre-collés), qu?en effet cette nouvelle façon de voir les villes, de passer des déviations aux rocades.
Transformation que je constate plus dans la langue et les attitudes que dans ma réalité, qui est d?usagère du train, - à l?époque où ce dernier pénétrait comme par une blessure au c?ur des villes - et de piéton, avec, de plus en plus rarement après de courts trajets pendant lesquels je me laisse transporter, ce qui reste de vraie campagne.
Mais il y a eu une voiture vers la fin de mon enfance. Je pense en lisant « ? sur cette décennie 1955-1965 » que c?est sans doute vers la première de ces dates qu?elle est arrivée dans la famille, avec le réfrigérateur, un « tourne-disque » et la fin d?une campagne en Indochine. Et qu?elle correspondait (203) à cette notation : »voiture moyenne par laquelle une société s?indifférenciait, en tout cas plaçait déjà ses repères sociaux hors du champ automobile »
Au-delà du garage, on retrouve le moteur chez Claudel, la voiture et cette vision chez Bergounioux, Echenoz?.

 
Tue, 24 Jun 2008 22:04:00 +0000

Un brusque élan d?envie,
malgré le bienheureux retour de la chaleur
vers une pile de boutis,
fleuris, colorés, aux piquages variés,
qui m?entrainaient dans un rêve de grande lingerie obscure,
fraîche - le bois des armoires refermées sur leurs trésors -
odeurs de cèdre, de lavande, peut-être d?eau de fleur.
Mes pas sur les tomettes un peu inégales du couloir.
Ouverture sur une grande chambre
où la fraîcheur a une odeur un peu piquante,
mélange d?un infime reste de savon au pin, d?encaustique,
et du parfum lourd d?un buisson de fleurs
s?élevant de la terrasse surchauffée
au long de la muraille, et s?introduisant par le bas des persiennes,
qui ont été légèrement relevées.
Et m?allongeant sur le haut lit
- effort pour l?escalader -
pieds nus, jambes en liberté dans le doux coton de mon jupon,
je cherche avant de m?endormir le nom de la plante,
et bien sur je ne le connais pas, ou plus.
Dans la fraîcheur plébéienne de mes gros murs, je réalise que les belles piles m ?ont fuit, ne laissant qu?un vague souvenir rongé, bouffé, nié par la rue

 
Mon, 23 Jun 2008 22:10:00 +0000

Moi et mes presque décisions !
Puique je semble continuer, et pour le faire de façon un rien scolaire, je répond à une nouvelle chaîne à la suite du Faucon http://falconhill.blogspot.com/ (il me semble l?avoir déjà fait dans les profondeurs de « paumée », ou alors les questions étaient très proches), chaîne portant sur un thème avec lequel j?ai toujours eu des rapports assez peu rationnels (euphémisme) la nourriture - et les suites d?une charmante opération n?ont rien arrangé.-?et, ma doué, finalement, cela m?a rendu encore une fois prolixe
Dans la fournaise de ma cour pendant les premières heures de l?après-midi, entre des stations contre lemur pour profiter des quelques jours où la hauteur du soleil y dépose une flaque, et des fuites vers l ?intérieur, des gorgées de sirop d?anis et des aspersions fraîches sur mes bras, je reprend les questions - et je suis un peu déviée, orientée, par quelques photos trouvées dans une plongée au royaume des recettes sur le net ou une mauvaise photo d?une photo du petit livre de cuisine provençale, cadeau de la famille, en plus du billet de train auquel je voulais les limiter (et parce que mon envie de cette fête, assez stupidement, était au niveau d?une marée extrêmement basse) pour la fiesta de mes 60 ans, le dernier anniversaire que l?on m?ait souhaité. (et j?en suis bien aise) - livre qui du coup est la trace d?un moment très heureux et de rires spontanés, assez pour que j?en essaie quelques recettes
Un plat que je n'aime pas : j?aurais pu mettre tous les plats de viande - pour être plus précise, et aller à l?absolue répulsion, j?ai pensé aux tripes, et à tous ces déjeuners chez une de mes tantes qui se terminaient par une quarantaine sans dessert (mais, victoire ! sans tripes) - je n?ai trouvé que du grasdouble; que je n?ai jamais goûté mais qui me semble pouvoir faire l?affaire.
J?aurais pu aussi évoquer certaine cote de b?uf au barbecue, mise au menu d?un de mes anniversaires, dont j?arrivais à trouver la vue et l?odeur acceptable, délicieuse pour les autres, jusqu?à ce qu?on exige que j?en mange - d?autant qu?à l?époque je n?avais ni dents normales, ni dents achetées
Mes 3 aliments favoris : tentée de dire tout ce qui m?est interdit, mais il reste tout de même les poissons et fruits de mer (en vrac rougets, sars, pageots, colins; homards, coquilles, encornets, plies, morue?) - les fromages (avec jusqu?à ma venue ici et une nouvelle curiosité pour les chèvres, une prédilection pour coulommiers, livarot, gaperon, boulette d?Avesnes) - les huiles d?olive (j?en consomme assez pour que ce soit un aliment)
Ma recette préférée : trop complexée et peu habituée aux repas partagés, uniquement des trucs cuisinés pour moi : j?aurais dit autrefois mon paté d?herbes, extrapolation très éloignée d?une recette trouvée je ne sais où, qui me prenait des heures, variait de composition, pour aboutir invariablement à une sorte de bousse de vache, totalement délicieuse et riche en saveurs.
Je pourrais dire aussi, mais en trichant ostensiblement puisque mon intervention se bornait à un coup de téléphone depuis Paris, avant de prendre le train, et, le jour dit, à une petite marche dans Bandol, avec un faitout callé sur une hanche, la bouillabaisse destinée aux toulonnais qui voulaient bien venir dîner dans le studio loué pour quelques jours de vacances (elle était bonne, sincère, sans poisson trop noble, embaumait ma pièce en cuisant doucement, et la chose ravissait le poissonnier qui ensuite me gardait de jolis sarrans, rascassettes et girelles pour mes soupes)
Ma boisson de prédilection : le café, même le mien - pas capable de faire marcher la machine - très bon, très serré, debout, devient rare - alors maintenant celui qui paresse sur une plaque, froid ou tiède
Le plat que je rêve de réaliser : un superbe aïoli : mais trop complexée pour tenter de monter l?aïoli moi-même, et le grand aïoli demande une assistance nombreuse
Mon meilleur souvenir culinaire : j?en ai eu pas mal tout de même - disons les omelettes faites par deux André (dont mon père)
Et en guise d?adieu
« Il n?avait pas d?argent ni rien de précieux qui pût exprimer les sentiments de gratitude qu?il ressentait pour elle. Alors l?idée de fabriquer un cerf-volant à son intention, un cerf-volant qui ne fût pas à vendre, mais une ?uvre d?art désintéressée, l?avait fait bondir du lit et se mettre au travail. Il avait choisi ses matériaux avec soin, comme s?il s?agissait de construire un palais pour la femme de ses rêves.
Maintenant il attendait que le cerf-volant fût parvenu à son apogée, bien fixe dans le ciel, pour appeler la jeune fille afin qu?elle vienne le contempler.
» Albert Cossery « la violence et la dérision » -
à vrai dire (honte) je le croyais mort - mais bouche béante et petit choc endeuillé pour Klaus Michaël Gruber
P S et je persiste, tant pis, dans mon rôle de briseuse de chaîne

 
Mon, 23 Jun 2008 05:23:00 +0000

mes amitiés aux égarés ne voulais plus bloguer,
mais plus forte que moi l'habitude
alors juste
rencontre avec cette affiche
et sujet tant aimé que je n'irai pas voir l'exposition
pas le temps
et puis, ce matin,
deux feux de la Saint Jean, têtus,
persistant derrière des ébauches de fête de la musique

http://asnieres-sur-mon-blog.viabloga.com/news/la-fete-de-la-musique-a-asnieres
et
http://www.jcbourdais.net/journal/22juin08.php
sentir que la vie ne fait pas dans la dentelle
mais ne pas résister à un émerveillement caché loin dans le temps
combien ? cinquante ans ? ou plus


 
Sun, 22 Jun 2008 00:58:00 +0000

Forte de fumigations dont je me persuade qu?elles m?améliorent, et surtout pour fuir les basses qui sont tout ce qui me parvient d?un podium où l?on joue semble-t-il de la variété rockisée sur les allées de l?Oulle, en chocs entrant par ma cour et tambourinant mon crane piteux, m?en suis allée dans la ville, pas très loin - ramené des photos qui sont ce qu?elles sont mais je faisais, avec le sourire , la guerre aux flashs pendant les concerts (et j?ai eu le malheur d?utiliser une correction automatique ensuite) - du sympathique, du bon, de l?énervement comme avec un groupe à l?oratoire, dirigé par un abbé qui est arrivé avec une petite heure de retard, beaucoup de suffisance, et une ignorance totale du fait qu?un mot pour demander qu?on l?excuse était envisageable (désolée de ne savoir ce que jouait les charmants jeunes gens, mais suis partie excédée, et dubitative quant à la qualité de l?éducation délivrée par le cher homme) - du franchement bon pour moi par l ?orchestre de chambre d?Avignon, avec un réel plaisir de jouer, et un public joliment attentif??
Sans rapport avec aucune des musiques entendues, la musique retrouvée à l?heure du déjeuner dans les « Géorgiques » de Claude Simon, encore à portée de main.
(l?opéra où le petit garçon va avec sa grand-mère, les vieilles dames et les jeunes filles qui, comme lui, font leur éducation) »? les graciles et minces bras nus, les joues délicatement rosies par une fièvre, une excitation elle aussi bienséante, se propageant de proche en proche, le discret bourdonnement des voix mêlé aux timides essais des instruments de l?orchestre en train de s?accorder, à l?anarchique désordre de cordes pincées, de soupirs, de brefs arpèges, annonçant (ou faisant partie d?) un cérémonial?. et qui, confusément , lui parut relever d?une clandestinité d?autant mieux protégée qu?il n?y avait là en apparence rien de défendu, de caché, qu?il se trouvait là non par fraude ou par ruse?. mais qu?il avait cependant l?impression de voir pour la première fois, métamorphosés, les jeunes femmes ou les jeunes filles en partie dénudées, parées, les membres de l?assistance unis, comme les associés d?une société secrète, par une sorte de complicité que trahissaient leurs chuchotements, leur maintien compassé, sévère, assemblés là pour participer à un de ces rituels à la fois sacrés et barbares dont, lorsque après l?exécution de l'ouverture le solennel rideau se fut levé?. »
Et comme les chanteurs lui évoquent la barbarie sacrée des dames qu?il découvre (la vue et le quartier) avec ses amis, glissant de là au sacré cérémoniel et doré de l?église
? »lorsque l?entêtante odeur d?encens, les clignotements des cierges, la profusion de lumières, de chasubles et de surplis brodés, les choeurs des voix cristallines, le tonnerre des orgues s?interrompaient soudain et que, étirant le cou, et prêtant l?oreille, il parvenait à distinguer sur la gauche de l?autel, le vieil évêque couvert d?or?.. en même temps qu?on entendait, à peine perceptible, la voix chevrotante, cassée, si faible, si ténue dans le monumental silence? parvenant pour ainsi dire en trébuchant au bout de la courte phrase modulée plutôt que chantée? » et je me sens coupable de couper, hacher ainsi la phrase de Claude Simon, mais je ne peux recopier tout le livre, et suis fatiguée - je sais; lisant en copiant, la perte qu'entraîne ces raccourcis à travers les développements ondoyants, rebondissants.
Revenant aux personnages de l?opéra : « ?. les héros et les vierges passant d?une attitude à l?autre, s?appelant, s?éloignant, s?affrontant, mêlant leurs voix flexibles, modulées, comme des cris d?oiseaux blessés, des rugissements de bêtes; tour à tour violents, plaintifs, gémissants, tendres, comme si devant l?assistance suspendant sa respiration? s?étalait, se déchaînait sans retenue entre des rochers de carton et des arbres de toile peinte quelque chose d?à la fois impudique et terrible? »
Et plus tard dans la grande maison maintenant presque totalement vide, s?asseoir discrètement dans le salon où son oncle joue du piano ? »la tête couronnée de l?épaisse chevelure grise, soyeuse, légèrement renversée en arrière, le buste se penchant parfois, se relevant, les longs doigts fins courant comme d?eux-mêmes sur les touches d?ivoire, jouant de mémoire, sans partition sur le pupitre, ou improvisant, soutenant d?accords plaqués de la main gauche une lente mélodie dont l?autre détachait les notes? »
Et je vois que cette pauvre chose est le 1000ème billet (de très très brefs consistant en une petite photo ou trois lignes, dans les premiers temps).

 
Sat, 21 Jun 2008 08:38:00 +0000

triste, triste, était mon âme
à cause à cause de .... rien
ouin, ouille, aille, bof, non snif, non m. miel d'abeille, expression ridicule que je dois à ma mère et que je croyais avoir oubliée, zut, madoué, et crotte
je suis une chaudière en révolution
ne suis sorcière que noire, et mon regard ou mon approche fige, coince, ou fait dépérir

 
Thu, 19 Jun 2008 22:01:00 +0000

Comme il semble que le temps soit au voyage, loin des nids, ou loin de mon petit coin, je rejoins mes amis, ou non, du « roman de gare » http://brigetoun-romandegare.blogspot.com/ et, pour être en harmonie, je les fais voyager, ou du moins Mathilde
Anne-Françoise et sa fille se sont souri, ont tâtonné, ont retrouvé ce mélange d?affection tue - trop évidente pour qu?elles l?expriment ou la montrent - et de réserve dans lequel elles se coulent à l?aise, avec tout de même chez Mathilde une inflexion - l?indépendance têtue et un peu raide devenue une simple différence courtoise - son nouveau rôle de femme, et sa déférence.
Elle se raconte, un peu, et puis :
- permettez moi, Mère, de vous quitter . Je me dois de rendre visite à ma belle-mère sans la faire attendre
- Mathilde ! Ne devrais-tu pas la faire prévenir, lui demander de te fixer une heure ?
- mais non ! Je suis sure qu?elle me connaît assez pour attendre de moi un peu de spontanéité. Nous nous aimons beaucoup, savez-vous ? - et avec un brusque doute, un regard qui quémande - du moins je crois.
Anne Françoise, s?applique au naturel, les mains sagement posées sur son giron, - « je le crois, ma chérie »
Chez les Icart, une citronnade bue dans le petit salon envahi de soleil, Aurélie l?entraîne dans l?office, lui fait goûter une confiture de cédrat, lui offre avec un peu de solennité un joli cahier couvert de moire vert sombre : « mes recettes de conserves, mon enfant. Vous me les aviez demandées »? et puis, en parlant un peu vite, fourrageant dans les armoires, tournant le dos à la jeune femme, après avoir affirmé, comme pour la forme, qu?elle sait que cela ne la regarde pas, elle parle de Julie, des doutes qu?elle a sur le mariage projeté, sur ce qui peut y entrer de résignation, d?envie véritable, cette gêne qu?elle a cru sentir, comme un remord.
Elle se retourne, fais face à Mathilde : « j?ai l?impression qu?il y avait une sympathie, ou sa promesse , entre vous - peut-être pourriez vous ? et puis elle vous remplace un peu ; vous pouvez vous inquiéter pour votre mère »
Et, posant la main sur son bras : « je sais, vous refusez les détours, l?habileté? mais ne commencez vous pas à apprendre ? - et bien entendu vous ne supportez pas plus de forcer l?intimité des autres que vous ne tolérez ? mais justement, je pense que cette timidité, discrétion, est ce qu?attend cette jeune fille. Et puis, vous êtes presque du même âge, et totalement incapable de condescendance?. Ce n?est pas de la curiosité, je suis inquiète??
Elle referme l?armoire, murmure presque, mais de façon à être entendue
- il est vrai que cela semble la seule solution. Que deviendrait-elle ?
Elles reviennent au salon au moment où Vivien entre, suivi par un homme encore assez jeune, qui s?incline légèrement :
- mon amie, j?ai retenu Monsieur Aurélien Castelle pour vous le présenter. J?ai cru comprendre que nous serons amenés à nous rencontrer?.
Et puis, découvrant, Mathilde derrière sa femme, il se précipite, stoppe brusquement, se dresse de toute sa taille pour l?embrasser sur le front, s?écrie : « quel plaisir ! René, dans sa lettre, me parlait de ce voyage qu?il entreprenait, mais ne disait rien de vous. J?ai cru? »
Aurélie le regarde, il se tait - et elle les invite à s?asseoir.
Pendant qu?ils échangent des banalités, Mathilde regarde son vis-à-vis, lui trouve de la grâce, essaie de se souvenir du garçon, silhouette perdue, cachée parmi les images un peu floues qu?elle garde de son mariage,
Pardon aux mânes du personnage inconnu dont j?accapare le buste.

 
Wed, 18 Jun 2008 22:23:00 +0000

Une créature un peu paumée, se postant devant les poissons les plus humbles pour choisir leurs voisins
photographiant des oignons parce que c?est plus joli que les rattes ou noirmoutiers
ajoutant deux petits fromages (bruccio et pelardon) à la réserve en cours
négligeant les olives et les bouteilles de haut vol pour un miel de garrigue, des joues de morue, et un bidon d?huile d?olive locale
Et puis arrivant, en tentant pour la troisième fois de faire la queue dans un bureau de poste, à tenir sur ses jambes jusqu?au bout pour envoyer une lettre recommandée à sa fichue banque parisienne, téléphonant trois fois sans résultat, se battant avec les saletés qu?il faudrait peut-être raconter à un toubib, nettoyant pendant une petite heure son pauvre olivier attaqué sans doute depuis les premières pluies par un méchant petit parasite noir - mais il est sans doute trop tard -, se disant qu?elle était fiou comme l?on dit aux îles (mais ne sait l?écrire)
Brigetoun qui a sans doute gagné sur le fichu banquier en laissant un peu plus de 10% des sommes au passage, mais qui est bien contente sous réserve de vérification.
Et qui a fini la journée, cessant de lécher ses plaies imaginaires, sous le charme de « l?emploi du temps » ( http://www.publie.net/ technique mixte écrivains et photographes - texte de Laurent Herrou - photos de Jean-Pierre Paringaux 32 pages) traces de leur séjour à New York, selon François Bon « l?héritage du Baudelaire tel que scruté par Walter Benjamin?.. Confrontation simultanée, jouant de son temps réel,entre un qui fait des images?? et un qui tient récit ? La trace, fixée au jour le jour, nous lègue ces variations d?échelles, ces signes soudain isolés de la masse cinétique? »
Et cela donne notamment, en face d?une photo du profil de Laurent Herrou, cheveux et barbe légèrement bouclés, contre un pilier revêtu d?un carrelage blanc, avec un écriteau au dessus de lui : THINK » et dans la moitié gauche de la photo, derrière des barreaux, un homme (responsable de station ?) renversé dans un fauteuil et qui semble se gratter le nez (hum pas sure en re-regardant)
« on avait trop bu, moi en tout cas, le gars avait un profil inoubliable, des lèvres pleines et un visage dur sous la capuche , derrière des lunettes transparentes qui ne dissimulaient rien de son regard noir, au moment de quitter la rame on s?était salué d ?un coup de tête comme cela arrivait parfois, comme si on était d?accord sur une chose qui n?était pas dite mais que l?un et l?autre acceptaient comme telle, il avait poursuivi vers le centre du bronx tandis que l?on changeait à la cent vingt cinquième rue, tu avais demandé à quoi je pensais et j?avais répondu que j?avais une note prête pour l?emploi du temps, je n?avais pas besoin d?autre preuve que j?étais ici chez moi.
Le visage »

 
Tue, 17 Jun 2008 22:00:00 +0000

« Je n?ai pas la chance d?avoir des convives ces jours-ci et je dois me limiter - n?oublie pas que tu dois les manger avant qu?ils ne se dénaturent à l?excès », je me sermonne en approchant l?étal, et me sens vertueuse.
Je le prends par le coté droit, avant de contourner les clients pour prendre ma place, et devant moi, avec les faisselles et les tomes de chèvre frais, il y a les bleus - et il est absolument évident qu?il m?en faut un - stilton, non, en rêver à cause de la déception navrée quand je m?y risque, au moins ici -gorgonzola bien gras, un peu jaune, je sens sa délicatesse sur ma langue, trop cher - roquefort pour mémoire, - restent deux bleus d?Auvergne ou des Causses et ma chère fourme d?Ambert, l?un des bleus est bien dense mais la fourme exhibe son onctuosité, ses légers cratères, se pare de séduction. Une tranche ?
Je continue et dans le fouillis je repère ceux qui sont présentés en quart : pas de Coulommiers - un moment de nostalgie pour le fromager en bas de la rue de la Roquette et la diversité des Coulommiers fermiers qu?il proposait - pas de Saint Nectaire - regain de nostalgie puisqu?il en avait un qui égalait les meilleurs trouvés sur place - mais une belle petite tome lozérienne anonyme, d?un beige un peu bleuté qui me suggère un goût délicat, presque imperceptible, et qui s?épanouit, perdure - et puis, mais ce n?est pas l?époque, un demi gaperon, souple, un peu, à peine, luisant, et la fourme s?éloigne devant l?attente de cette onctuosité légère, du petit parfum d?herbe, des sensations inimitables.
Des pâtes molles que mes yeux survolent et puis, pas très loin l?un de l?autre, parents mais différents, leurs rousseurs s?accordant, un morceau de Langres et un quart d?Espoisses, quel est celui qui est un peu alcoolisé je ne sais jamais, ils sont tous les deux parfaits, un peu creusés.
Enfin c?est mon tour, et j?ai la chance de tomber sur mon ami le patron. Je le préviens tout de suite que je suis une petite cliente aujourd?hui - il sourit, bonhomme.
Vite la tome de Lozère, un demi gaperon, le quart de Langres puisque l?Espoisses est parti avec le bonhomme qui me devançait, et puis une tome de brebis corse qui a l?air neutre, durable, honnête.
Nous attaquons les chèvres avec hésitation, puisque je dois me limiter, mais dans les banons il m?en trouve un qu?il affirme très frais, encore humide sous sa feuille, et pour l?accompagner par notre région ce petit carré de la Drome dont j?oublie toujours le nom, très blanc, plié dans deux feuilles croisées retenues par une pique, parce que le dernier est resté incomparable à tous les stades de sa maturité - et on y ajoute un petit crottin parfumé au vin blanc, un pélardon qui commence à se parer de moisissures et un petit picodon ardéchois bien sec.
Je me souviens soudain que je dois me limiter et je renonce à ce petit chèvre frais couvert de baies et aux Brebilles
Le patron sourit, plaisante encore un peu en préparant ma note. Est-ce que j?aime le fromage ?
Pour les impromptus littéraires http://impromptus.fr/dotclear il s?agissait de citer au moins quatre fromages. Il aurait fallu raconter une histoire, y mettre de l?esprit, ou à défaut de la modération, mais sur un sujet pareil je me fais animale, et un tantinet excessive, pour en arriver à de très fines lamelles, d?infimes bouchées, savourées à loisir, toute mobilisée par la ou les saveurs., et le résultat là est platissime (un comble !) même avec de toutes petites corrections. Pourrait peut être faire un tract réclame.
Partie, en faisant le pari qu?il ne pleuvrait pas, acheter des places pour les neuf spectacles non ouverts à la location samedi, et ils sont déjà complets (comités d?entreprises ? Voyagistes ?) - je voulais tenter ma chance au cloître Saint Louis mais, après le teinturier, la petite pluie fine et tenace qui imbibait peu à peu mon tailleur de lin m?a renvoyée dans mes foyers, pas sure qu?un trajet et une attente dans un tissu froid et collant soit un excellent remède pour le petit point de pleurésie dont je me suis persuadée qu?il est venu s?installer chez moi.
J?aimerais que le soleil revienne pour le festival,que le sort qui s?est abattu sur mon pc, me supprimant les vidéos, me faisant circuler à l?allure d?un escargot malade, ne fonctionnant plus que comme le bout d?un orteil meurtri, malgré deux restaurations, s?améliore.
M?en vais à l?opéra voir Norma sous ciel qui semble sécher.
Une coproduction des Chorégies d?Orange et de l?opéra de Marseille, avec notre orchestre, nos ch?urs augmentés de l?opéra de Tours et notre corps de ballet, ce qui m?a valu le plaisir d?avoir son directeur (sympathique) squattant un siège devant moi.
Et l?ébauche de danse, petit jeu des jeunes gaulois et gauloises avec des bouquets de gui,en ouverture, ne manquait pas de charme. Un joli décor avec des gradins pour animer un peu les déplacements (direction d?acteurs d?une discrétion extrême) et de gigantesques crayons en guise de pieux.
Toujours un peu de mal à entrer dans cette musique, et le coté guilleret de l?ouverture avait éveillé en moi une petite tendance à l?ironie qui me rendait sensible ce qu?elle a d?un peu auto parodique.
Mais un très joli ténor pour le rôle de Pollione, Jeong Won Lee, coréen, et, curieusement, sa tête ronde se mariait très bien à la cuirasse romaine et le rendait assez crédible. Une belle voix souple, sans trop d?aigus. Bien aimé
Une Norma au physique sévère ou se l?étant donné, Hasmik Papian, dont je trouvais la voix peut être un peu métallique, avec trop d?éclat, et puis à partir de la deuxième partie de « Casta Diva » elle s?est assouplie, joliment mélodieuse (je pense que cela venait de moi, j?ai continué à la goûter).
Mais celle que j?ai vraiment appréciée c?est Sophie Koch dans le rôle d?Adalgisa, voix chaude, souple, ronde.
Et j?ai commencé à aimer la musique avec son air, puis le duo affrontement avec Pollione. Plaisir qui est devenu début d?enthousiasme pour le second acte.
Seulement l?entracte était long, la brutalité du public pour se précipiter à l?air a réveillé, honte à moi, un petit fond de snobisme, et l?ennui a fait revenir mes vieilles douleurs. Alors, juste avant que cela reprenne, préférant rester sur une bonne impression, je suis rentrée.
Des courriers énervants. Sommeil

 
Mon, 16 Jun 2008 22:04:00 +0000

Longuissime puisque paresseusement pillard.
Trois photos sans lien avec mes plaisirs de lecture de dimanche soir, poursuivis lundi. Une petite austérité apparente peut être, et, plus simplement, les traces d?une expédition, lundi matin, dans la courte limite de mon quartier envahi par une morne grisaille, puisque, pour céder à ma fénéantise, je consens à me rendre compte qu?il est tout à fait possible de se nourrir sans dépasser le bas de la rue Saint Agricol.
Je suis extraordinairement brouillonne dans mes lectures actuellement, avec une tendance à m?arrêter lorsque quelque chose me plait et m?intéresse, à laisser en garde pour aller voir plus loin, quitte à devoir reprendre au départ ce qui a été le cas avec « au trosième étage » de Stéphane Rongier (75 pages seulement pourtant et qui, graves et belles, coulent malgré le thème : survie, construction précaire d?une enfance abimée - publie-net http://www.publie.net/ 5,50 euros) que j?ai repris d?un trait - une écriture qui évite les poncifs qui semblent devoir fatalement résulter de ce sujet. - au hasard cela, à propos de la jeune femme dont le corps contient cette enfant: »un matin, elle est partie pour dire enfin ce monde béant qui dévore les vies. Et cela fait plusieurs vies qu?elle attend, attend et attend encore. Et l?attente fait oublier qu?on attend, fait couler le silence un peu plus loin..
Elle n?était ni différence ni même, ni différente, ni identique. Juste un individu perdu dans son gouffre, son silence. Juste une nuit de terre obscure. Une époque en elle avait commis sur elle ces monstruosités dont les contes, certains contes, nous parlent, juste avant les forêts?. »

Et reprenant, toujours chez Publie-net - et lui aussi abandonné depuis longtemps malgré le plaisir de la lecture, même sans se référer tout de suite aux textes qui .en sont l?objet, évocation que, dans mon inculture, je goute presque comme une rêverie autour du livre pourtant étudié avec pertinence - « littérature, politique » d?Olivier Rollin, j?ouvre le 3ème texte et tombe sur « les Géorgiques » de Claude Simon, que j?ai repris par petites plongées ces jours-ci.
Et j?aime que parlant de « la mine de plomb » de Claude Simon il évoque en passant la critique par Elie-Faure de la « bataille de Pharsale de Durer » , où tout est sur le même plan, et par delà la défense de Durer par Lucien Dällenbach (que j?avoue humblement ne jamais avoir lu), la phrase de Whitman « je crois qu?une feuille d?herbe ne vaut pas moins que le travail errant des étoiles ».
Revenant aux Géorgiques chez Rollin
« La « mine de plomb » de Claude Simon embrasse, dans un seul mouvement, à la fois très simple et très réticulé, l?espace et ce qui le remplit, elle joue vertigineusement du panoramique et du zoom, elle montre sa forêt, sa masse, sa rumeur et la fine articulation de la feuille sur sa tige, l?armée en déroute et le poil luisant de sueur sur la croupe d?un cheval, elle va sans cesse du cosmos à la chose même, et c?est ce battement en elle qui lui confère, je crois, cette puissance un peu grisante qui impose au lecteur sa loi. Elle a quelque chose de l?aleph borgésien : «L?espace cosmique était là, sans diminution de volume » »
Et il y a la suite : la phrase de Simon comparée « à la progression d?une marée montante ?. cela.. immense et délicat, irrésistible et pointilleux,?..
Et cette phrase pour ainsi dire fractale est capable de dire? la succession, la trajectoire que le temps creuse dans le
donné? »
Et, bien sur, j?ai été renvoyée aux Géorgiques et y suis restée un long temps, dépassant les pages évoquées par Rollin dans ces lignes, et le général desséché sur ses alezanes, et les colonels ronds-de-cuir, pour suivre l?immense phrase qui va, en 21 pages, de la presque ruine, la ferme château, l?homme-baboin et la vieille femme « quelque chose capable de se consumer et de s?éteindre en quelques secondes », avec les inclusions des lettres du général donnant, à partir de ses garnisons au gré des guerres napoléoniennes, des ordres précis pour l?entretien de son domaine suivant les saisons, jusqu?à l?autre vieille femme molle et grasse errant dans la trop grande maison avec « la vingtaine de pièces, les deux salons, la terrasse, la véranda où le dernier portrait mâle du nom (le nom qui avait fait basculer le scrutin fatal, fait ensuite à cheval le tour de l?Europe et dont les initiales ne figuraient plus maintenant qu?imprimées au fer rouge sur les échelles à abricots ou peint au pochoir sur des bidons de vendanges et des barriques de vin) s?était laissé photographier, posant assis de biais sur une chaise, maigre?..l?air sévère, hautain et compassé d?un propriétaire d?esclaves, d?un pasteur baptiste ou d?un ataman des Cosaques, entouré de ses petits enfants et de ses filles, parmi lesquelles on pouvait reconnaître, à peine plus jeune, comme si elle avait toujours été vieille, comme éplorée déjà? la vieille dame destinée à errer sans fin.. dans les corridors perpétuellement humides? »
Et à travers les époques et les situations des scènes précises et proches, des retours toujours différents, avec ce que j?ai malheureusement supprimé pour garder en quelques lignes le squelette de la phrase, les plis des tissus, les odeurs, la lumière etc?