Rouge-Sang
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Sang-Ör |
Chapitre 10J'ai cinq ans, j'ai cinq ans et je marche sur des trottoirs sans nom. Autour de moi, à chaque coin de rue, m'apparaissent vautours et démons, toutes sortes de donneurs de leçons. J'avance au rythme de la nuit. Je me lève à ses côtés, me rendors dans son sein et ne rêve, ne rêve que d'elle en vain, de sa voluptueuse enveloppe charnelle de roses et de vent.Je m'observe parfois dans les vitrines lumineuses que m'offre le regard des gens. C'est toujours bref car un regard est traître, il donne envie, toujours cette abominable envie de plus, de tout, de rien. De toujours plus d
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Chapitre 12Ma peau est froide comme l'hiver. Je la touche, je la tâte du bout des doigts. Un morceau de viande, une souche d'arbre abattu, que l'on pourrait découper, arracher, vendre à la pièce. J'observe, silencieuse, mon bras immobile, ma peau émaciée, sèche et aride, cette terre insondée. Je pense alors à mes voyages incompris, ces moments de pure joie où je ne suis plus.Ces instants d'enfermement où je disparais, ces vides esseulés dans lesquels je m'enfouis, ces profondeurs insensées aux contours dessinés, ces souterrains inconnus vers lesquels je plonge avec une avidité
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Petite PøuceChapitre 11Anita est sur la piste rouge, celle à la gigantesque étoile bleue et or, celle où Irtøz fait son numéro, les jours de pluie, les jours où l'orage claque et s'acharne sur la toile.Elle tourne sur elle-même avec volupté et, magistrale, elle fait claquer son sceptre à tête de serpent qu'elle manie comme un fouet. Sa couronne est d'or et ses cheveux volent au vent.A mesure que le geste s'accélère, je ne distingue plus qu'un point, une barre verticale dont seuls ses yeux de chat tendent à se dissoudre. Deux lumières jaunes au milieu d'une tornade sensuelle de c
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Chapitre 7Mon coude râpe contre le mur qui crépite.Le blanc du sol se mêle au rouge écarlate de ma robe qui traîne.Des perles s'échappent le long de mon cou et la croix de mon c?ur, contre la surface écrasée, se fend en deux, le temps de n'y voir que du feu.Mon pied butte contre une masse inerte et respirante, soufflante. Je ne baisse pas les yeux, je sers un peu plus fort la chaine que je tiens maintenant dans ma paume, ma paume qui suinte, qui suinte, d'avoir trop bu, qui suinte d'avoir trop vu.J'ai arraché, j'ai fendu la plaie, en deux, le temps de n'y voir que du feu. Je ne baiss
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LøuveChapitre 1Je me suis arrêtée hier, devant la vitrine d'une drôle de boutique. J'ai d'abord cru à un mauvais tour de mon imagination, quelque peu perturbée. J'avais l'habitude de croiser toutes sortes de spécimens, mais là...Alors j'ai repensé à cet homme sur lequel je m'étais arrêté, un soir de 14 juillet. Il traînait la patte, respirait avec prudence et désinvolture, il n'empestait pas l'alcool, mais le poisson. Un marin? Il n'avait aucunement l'allure d'un poissonnier, ni celle d'un vendeur de poisson. Oui, moi je vois une différence, pas vous? Bref.Je marchais derrière
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Chapitre 8Mes mains sont plongées dans l'acide blanc. Je ferme les paupières pour bloquer la valve. mais le courant emporte mon pauvre coeur mutilé et de mes yeux naît l'irréparable, la larme du traître. Engourdies par le froid, mes mains ne m'entendent plus, là-dessous, prises au piège par la fausse douceur du liquide gélifié. Penchée au dessus du bassin glacé, je me balance, de haut en bas, d'avant en arrière. Je remue ce qu'il me reste d'humanité. Et ce ne sont pas ces larmes qui se souviennent, c'est tout mon corps qui flambe maintenant.Je vois le rouge, je vois l'excés, je
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Chapitre 6Je faisais rouler sur la table mes doigts tâchés par la peinture, écorchés par le pinceau. J'observais par la fenêtre un drôle d'oiseau boiteux qui clopinait sur le rebord d'un toit. J'aurai voulu le prendre, le serrer dans mes mains, le réchauffer, l'entourer. J'avais tendresse et douceur pendues à mes lèvres. Celles de l'homme qui déboulait du couloir, à ma droite, étaient blanchies par la soif. Mes doigts roulaient sur la table. Je m'imaginais joueur de tambour, je me voyais en haut d'une estrade, le sourire et les dents pour tous, la mèche rebelle sur laquelle j'aura
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Chapitre 9Mon coeur est blanc et lorsque je m'ouvre à nouveau à la lumière d'un lampadaire, c'est un livre aux pages ensanglantées qu'il me vient l'envie d'écrire.Le corps transpercé d'une lance, je considère à tâtons le maigre chemin qu'il me reste à parcourir.Je ne cherche aucun pardon, je ne conçois, je n'accepte mes regrets qu'à moitié.A moitié vécue est ma vie, à moitié bu est le verre de mon essence abîmée.Une étrange lumière m'entoure de son feu. Mes jambes et mes bras, mes jambes et mes bras que je ne sens plus, vacillent à la lueur d'une inquiétante pénombre lu
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Chapitre 5Un matin, j'ai trouvé sur sa table de nuit, une lettre aux contours déchirés. Quelqu'un l'avait mordu, ou plutôt mordillé. L'encre avait coulé et l'écriture m'était étrangère.Il était dans le salon, les yeux plantés sur je ne sais quoi, lorgnant à travers la fenêtre d'un oeil fixe et incertain. J'avais peut-être trente seconde pour me jeter sur le bout de papier et l'avaler. Peut-être qu'en l'ingurgitant, les mots, en moi, ne feraient qu'un.Peut-être qu'en faisant disparaître les traces de sa main, mon dos, mes jambes, mon corps reprendraient vie. Alors d'un geste,
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Chapitre 4Mon frère avait planté en moi la douceur et l'amertume de drôles de sentiments perdus. Comme une maladie, j'étais liée à lui, implacable, impassible, je suivais le chemin qu'il m'avait tracé de ses doigts blessés. Je volais à son secours lorsque rien n'allait, et je me plantais dans le coeur la dague de sa souffrance. Pour qu'il ne pleure pas, pour qu'il ne pleure plus, pour que rien ne perturbe le repos du dormeur esseulé. Il caressait ma peau machinalement, comme s'il admirait un cuir tout neuf, comme si ses yeux refusaient de quitter la surface lisse et luisante de mon t
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Chapitre 2J'ai dans le coeur, plus qu'il n'en faut pour être heureuse.Enfin presque. J'en ai pris pleins la mâchoire, pendant de longues années, mais n'ai jamais protesté.Non, je méritais, tout ce qui, contre mon ventre se cognait.J'ai été mauvaise par moment, sale, éc?urante. Rancoeur et rancune étaient mon quotidien, un lourd quotidien dont je perdais le chemin.La terre entière m'en veut, pour des raisons diverses, oui, la terre entière me hait. Pour mes méfaits, je n'ai pas encore payé. J'attends qu'on m'annonce le prix, j'attends qu'on me coupe le bout de l'aile, il en faudra
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BIENVENU(E)s
Un Sourire...Ludwig ou Rouge-Sang(nous devons encore nous décider) est le roman qui nous brûlait dans les veines depuis longtemps.Nous sommes ravies de Vous voir ici.C'est un plaisir d'accueillir des yeux, des mains et des sourires pour apprendre à apprécier notre écriture charpentée, torturée, quelque peu tourmentée.Ludwig ou Rouge-Sang c'est une histoire, des pensées, des envies, des désirs vibrants, des obscurités terrifiantes, des mains abîmées.Bonne visite, bonne lecture, bon voyage.ø Myrtille et Framboise ø
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Chapitre 3Pendant les premières années de ma vie, j'avais baissé la tête, pour ne pas leur infliger d'avoir à se souvenir, à se souvenir de mon regard...Mes yeux pâles avaient fait fuir celle que j'aimais, le seul et unique bouton de ma fleur fanée, ma mère, douce et éternelle. J'avais un jour, levé vers elle, ces deux orbites écarquillés par le vide. Elle s'était éteinte, un soir de mai.Mon père avait semé en moi trouble et perdition.Le soir, son visage m'annonçait l'orage. Alors, de mes petites mains encore bien blanches, je saisissais les ciseaux les plus pointus du pot à
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