|
Derniers posts : Blog géopolitique de l'ESC Grenoble
| Les voies africainesThu, 31 May 2007 07:21:00 +0000Lors d'un récent rapport (décembre 2006), la CNUCED a présenté l'état des économies
de l'information à travers le monde, cherchant entre autre à en déduire les
grandes lignes d'une politique de développement à destination des PVD, et d'énoncer
des recommendations susceptibles de les intégrer dans cette économie sur une
grande échelle ou, pour reprendre une expression toute faite mais significative
en elle-même, réduire la fracture numérique entre le Nord et le Sud.
Un rapport biaisé ?
Concernant l'Afrique (voir cartes et données en annexe), le rapport montre bien
entendu le retard, à de rare exceptions près, du continent sur le reste du monde,
mais aussi une expansion très rapide bien qu'insuffisante.
Les cartes montrent cependant une répartition par zones relativement homogènes.
L'une, méridionnale, se développe dans le giron du modèle sud-africain, profitant
de ses infrastructures et portée par le développement du secteur minier. Une
autre se dessine en Afrique équatoriale de l'ouest, correspondant aux infrastructures
liées à la présence de grandes entrepriqses minières et surtout pétrolières,
bénéficiant d'investissements chinois et de la présence au dessus de l'Atlantique
Sud de plusieurs satellites de communications géostationnaires (Eutelsat).
L'Afrique du Nord en est une troisième, tirée en avant par le modèle technique
européen voisin. Quelques ilôts de développement apparaissent, tels le Bénin,
bénéficiant à la fois de sa stabilité politique, de sa petite taille permettant
une mise ne place plus facile des infrastructures, et de son rôle de débouché
maritime pour les pays enclavés de la région. Maurice en est un autre, sur la
base de son rôle de hub commercial et de services entre l'Asie et l'Afrique,
et là aussi de sa petite taille. La côte d'Ivoire, malgré une stagnation, a
pu grâce aux investissements français se doter, elle-aussi, d'un réseau de communication électronique plus moderne que les autres pays de la région.
C'est donc une économie en développement rapide, portée par les activités autour
des matières premières et les services correspondants (assurance, courtage,
etc.), attirant les investisseurs sud africains, occidentaux, arabes, chinois
et indiens, ce qui permet de penser qu'un rattrapage est possible dans le moyen
terme. Mais un développement évidemment inégal qui risque de laisser certains
pays, notamment ceux de l'intérieur, sur la touche.
Notons encore que le standard de performance de ces économies est largement
inférieur à celui du monde développé (majorité de connexions bas débit), mais
avec des signes de modernisations, surtout dans les pays pétroliers. Mais c'est
la nature même de ce rapport qui pose peut-être problème, à l'instar de beaucoup
de considérations sur le sous développement en général et sur l'Afrique en particulier.
Des voies africaines
Ce rapport ne montre en effet pas les spécificités africaines (ou des autres
régions) sur le sujet. Les comparaisons se font sur la base que l'idéal à atteindre
est une économie de l'information sur le modèle occidental, et les conclusions
soulignent les insuffisances en terme d'infrastructure, d'usage, de chiffre
d'affaire réalisé par les opérateurs. En fait il parle plus d'occidentalisation
que de développement.
Cela ne signifie pas, bien sûr, que l'Afrique ne souffre pas d'un retard important
dans ce domaine, mais il faut quand même relativiser cet écart, car le rapport
ne prend pas en compte certaines réalités et certains usages:
- la nature collective de l'usage des dispositifs matériels (ordinateurs
et téléphones) qui n'apparaît pas derrière les statistiques basées sur le
nombre d'abonnés. On peut estimer sans trop de risque que le nombre d'usagers
des moyens de communication est deux fois, voire trois ou quatre fois supérieur
au nombre d'abonnements, du moins en Afrique Noire.
- La modernité relative des secteurs institutionnels et économiques. Quasiment
tous les pays d'Afrique ont des sites internet gouvernementaux, et la presse
africaine est une des plus représentée sur le web, et ce depuis plus de dix
ans. Ceci s'explique en partie par la nécessité d'offrir un lien entre le
continent et sa diaspora.
- Enfin il existe à mon avis deux économies de l'information en Afrique.
- L'une, urbaine, portée par la tendance de la population à s'occidentaliser,
à imiter le modèle de consommation et de comportement notamment européen,
à l'imitation des expatriés. C'est une économie en partie du prestige
et de la jouissance.
- L'autre, surtout rurale, est une économie « utilitaire », quie les
populations adoptent par nécessité de garder le contact avec ses membres
partis en ville ou en Europe, et qui réussit parce qu'elle une réponse
concrète et peu onéreuse au problème des distances et du manque d'infrastructure
physique, notamment à l'intérieur du continent.
Comment expliquer sinon que la zone de croissance la plus importante pour
les opérateurs de téléphones portables soit l'est de la République Démocratique
du Congo (ex-Zaïre), zone traditionelle d'émgration, et qui a vu un déplacement
important de populations suite à la guerre civile, zone de forêt et de savanes
ne possédant que quelques agglomérations dignes de ce nom, et très peu d'infrastructures
de transport? Comment comparer dans ces conditions, dans un rapport simple,
l'économie de l'information en Afrique et ailleurs ?
Une part très importante de la richesse générée par ce secteur dans les pays
développés l'est dans les applications de loisirs (jeux, sites de rencontre,
et ... pornographie) dont les économies numériques africaines sont (pour le
moment) largement exclues. Mais si l'on excepte ce secteur des loisirs (dont
on peut se demander dans quelle mesure il s'agit d'un « développement »), alors
le retard de l'Afrique est bien moindre que ce que les chiffres montrent, même
s'il reste réel. Simplement l'Afrique ne vit pas le même Internet que nous.
Ces voies spécifiques africaines sont visibles ailleurs.
Quelques exemples:
- Le Botswana s'est engagé, en 2002, dans une campagne de vaccination contre
la variole et la poliomélite, dans le cadre d'un programme de l'OMS concernant
toute l'Afrique. Le protocole a été défini par l'OMS et les ONG concernées,
afin d'optimiser la gestion des stocks de médicaments et le suivi des malades.
A cette fin, des dispensaires ont été montés et équipés sur l'ensemble du
territoire, et les gens invités à s'y rendre. Le respect de ce protocole conditionnait
l'affectation de l'aide.
Après 1 an, le taux de vaccination n'avait toujours pas décollé (23 %). Les
autorités du pays ont alors changé leur fusil d'épaule: appel à des volontaires
responsabilisés et formés dans les communautés rurales pour distribuer les
vaccins et gérer les stocks, suppression des formulaires papiers des patients,
au profit de simples cahiers de suivi remplis par les responsables, supervision
par des équipes itinérantes. Ce que les autorités Botswanaises ont su prendre
en compte, c'est l'absence de mobilité des populations, pour qui se rendre
dans un dispensaire revient à « aller à l'étranger », mais aussi le côté aliénant
des formulaires, incompréhensibles dans leur logique par les usagers habitués
au rapports personnels et à la communication orale. Le taux de vaccination
a bondi pour atteindre 83% de la population en 2005. Le Botswana a présenté
ses méthodes à l'OMS, qui a amendé son protocole pour en reprendre les principes,
et cela marche.
- Autre pays qui sait trouver sa voie: le Niger. L'un des pays les plus pauvres
du monde a, avec des moyens modestes, réussi des prouesses dans plusieurs
domaines. Le nombre des écoles à été multiplié par 8 en dix ans, permettant
la scolarisation de la quasi-totalité des enfants (du moins sédentaires).
Le plan d'éducation a dépassé les prédictions. Les écoles gouvernementales
pourtant florissantes étant encore insuffisantes, les populations en ont créé
d'autres de leur propre chef, afin que leurs enfants aient leur chance d'améliorer
leur sort. Le Niger, encore, est le pays au monde dont la télévision nationale
diffuse le plus de programmes éducatifs, presque toutes les émissions de la
journée étant destinée aux écoles. Le Niger toujours: il y a 10 ans, les experts
étaient unanimes pour dire que le pays se désertifiait progressivement, pour
cause de déforestation incontrôlée sur les limites du Sahara (principalement
pour le bois de chauffage). Les aides, les gardes forestiers et les campagnes
d'explications n'y ont rien changé. En 2003, le gouvernement nigérien modifiait
une loi apparemment accessoire: désormais, les arbres, jusque là propritété
de l'état qui pensait ainsi pouvoir les protéger, devenaient propriétés des
paysans sur les terres desquels ils poussaient. Le résultat est spectaculaire:
devenu une ressource leur appartenant et pas une propriété étrangère, les
arbres sont devenus objets de toutes les attentions. 25000 hectares de forêt
ont été ainsi restaurés par les communautés rurales, le bois de chauffage
est devenu une source de revenu (et plus le fruit d'un pillage). Les nappes
souterraines, pompées par les racines remontent et les pluies ne disparaissent
plus dans les profondeurs de la terre dessechée, améliorant en retour les
cultures, la nutrition et le revenus de tous. Le désert à reculé, et cela
n'a pas coûté un seul euro.
- Autres exemples, le Ghana ou le Mali, pour faire appliquer les dispositions
de l'ONU sur les droits des femmes et des enfants, n'ont pas eu recours à
des législations nationales, ratifiés par le parlement, mais à de vastes consultations
auprès des conseils traditionnels des différentes ethnies. Par ce biais, ils
sont arrivés à faire modifier des traditions ancestrales, pour de nouvelles
dispositions appartenant désormais elles-aussi à la sphère du « droit traditionnel
». Là encore, cela marche. Cela n'a pas empêché, lors du rapport intermédiaire
du Comité des droits de l'enfants de 2006, le Ghana de se faire réprimander
pour ne pas avoir inscrit de dispositions dans la Loi.
- On pourrait multiplier les exemples, par exemple en parlant de l'Ubundu,
la politique de réconciliation sud-africaine, inspirée non pas des méthodes
occidentales (procès de type Nuremberg) mais des techniques de résolution
de conflit des peuples bantous, à base de reconnaissance, de réparation, de
vérité surtout, et de pénitence.
Tout ceci pour dire que lorsque l'on parle de l'Afrique, il convient de bien
se rendre compte que nous la regardons avec nos yeux propres, avec certes de
bonnes intentions, mais en se référant à des normes insitutionnalisées ne correspondant
à rien dans de nombreux cas.
Quand certains altermondialistes crient au scandale de la pauvreté dans le monde
en soulignant le déséquilibre dans la répartion de l'accès à Internet, ou que
la CNUCED interprête ses propres données dans ce sens, ils cherchent l'Occident,
pas l'Afrique elle-même, en Afrique. Cette déformation est, il faut bien le
dire, relayée par de nombreux africains eux-mêmes, avides d'être reconnus comme
riches et développés sur la base des critères occidentaux.
On ne trouvera, je crois, jamais l'Occident en Afrique. Si c'est ce que l'on
cherche, alors le constat du sous-développement, avec son cortège de condescendance,
se perpétuera, et avec lui continuera la tendance aux économies de la rente
et la « mendicité institutionnelle ». Mais si l'on regarde bien, il existe d'autres
voies, des voies africaines, qui ne demandent qu'à exister. Il faudra sans doute
inventer d'autres concepts, d'autres outils d'appréhension de la nature complexe
de ce continent pour espèrer pouvoir un jour, enfin, l'aider à se soulager durablement
de ses maux. Mais le premier pas consiste peut être à commencer par respecter
les africains pour ce qu'ils sont, et pas pour ce que nous imaginons qu'ils
devraient être.
Source
Rapport annuel sur les technologie de l'information dans le Monde ? CNUCED Décembre
2006
Divers articles du Monde et du New York Times
Dossiers PDF:
| Observatoire de la Vie Politique TurqueTue, 29 May 2007 09:12:00 +0000Pour avoir une vision de l'intérieur de la Turquie et notamment du débat sur l'entrée dans l'Union Européenne, l'Observatoire de la Vie Politique Turque (OVIPOT) met en ligne de nombreuses synthèses des évolutions en cours au sein de la société turque.
Blog de l'OVIPOT | L'intensification de la présence chinoise en Afrique - Perspectives et QuestionnementsThu, 01 Feb 2007 08:45:00 +0000Pendant longtemps la présence chinoise en Afrique est restée discrète et a connu plusieurs phases.
Dans les années cinquante, il s'agissait surtout de son soutien militaire et logistique aux mouvements de décolonisation, puis l'offensive diplomatique des années soixante qui permet à la Chine de trouver en Afrique la plupart des voix qui lui permettent de prendre la place de Taiwan au sein du conseil de sécurité des Nations Unies.
Cette offensive s'accompagne d'une aide au développement financièrement assez modeste (environ 100 M$ par an) mais complétée par un apport de 150 000 techniciens dont l'impact sur les infrastructures, l'industrie et l'agriculture est loin d'être négligeable...
| A propos de Jean-Marc HuissoudWed, 10 Jan 2007 10:46:00 +0000
Jean-Marc Huissoud est politologue et historien de formation.
Titulaire d'un DEA sur les Relations et Intéractions Culturelles Internationales, il est aujourd'hui chercheur en Relations Internationales à l'IEP de Grenoble, son travail de thèse portant sur le rapport entre les politiques technologiques et les politiques de puissance.
Il a collaboré à plusieurs reprises avec le service de l'information de l'Office des Nations Unies à Genève. Il enseigne à l'ESC Grenoble depuis 2001.
Lectures recommandées dans le cadre de la conférence :
- Collectif : Résistances Africaines, in Manières de voir N°79, Février Mars 2005, éditions du Monde Diplomatique.
- Christophe Perret: l'Afrique et la Chine, in Diplomatie N°24, janvier février 2007.
| A propos de Jean-François FiorinaTue, 09 Jan 2007 16:13:00 +0000 Directeur de l?ESC Grenoble depuis décembre 2003, Jean-François Fiorina a rejoint l'école grenobloise en 2000 en tant que Responsable des Mastères Spécialisés.
Il a été auparavant exploitant PME/PMI avec le statut d?adjoint au chef d?agence à la BRED (groupe Banques Populaires) puis consultant à l?international chez Alain Simon Consultants (Groupe Philéas) avant de rejoindre le Groupe Sup de Co Amiens-Picardie en 1996 en tant que Directeur du programme ESC et des relations internationales.
Diplômé d'un MBA américain (spécialisation " International Business"), Jean-François Fiorina a pour domaines d'expertise :
- Stratégies d?internationalisation
- Techniques de commerce international
- Financements et gestion des risques internationaux
- Internet et l?exportateur
- Management interculturel
| | Bienvenue dans un monde sans frontières: le mot de Jean-François Fiorina, Directeur de l'ESC GrenobleThu, 04 Jan 2007 14:34:00 +0000Pour valoriser l?enseignement de la Géopolitique, l?Ecole Supérieure de Commerce
de Grenoble a décidé de développer tout son enseignement dans cette discipline
et de l?ouvrir aux classes préparatoires.
En janvier et février 2007, des conférences sont organisées dans différentes
villes de France autour de la Géopolitique sur le thème de l?Afrique dans la
Mondialisation.
Elles sont assurées par Madame Sylvie
BRUNEL, Agrégée de Géographie, Docteur en Economie, Maître en Droit
Public, Professeur de Géopolitique à l?Université Paul-Valéry de Montpellier
et à l?Institut d?Etudes Politiques de Paris, auteur notamment de
l?Afrique (Bréal 2004), le
développement durable (PUF 2005), la
planète Disneylandisée (Editions Sciences Humaines 2006).
Vous pourrez retrouver ici le plan de son intervention, et poursuivre la discussion
en posant vos questions à deux professeurs de l?ESC Grenoble :
- Jean-François Fiorina
- Jean-Marc Huissoud
| A propos de Sylvie BrunelThu, 04 Jan 2007 13:00:00 +0000
Sylvie Brunel est géographe et spécialiste du développement. Elle est professeur de géographie à l' université Paul-Valéry de Montpellier et à l' Institut d'études politiques de Paris.
Parcours
Bibliographie
- La Vache du riche mange le grain... du riche, LSF, 1985
- Asie, Afrique : grenier vides, greniers pleins, Economica, "Économie agricole", 1986
- Le Nordeste brésilien, les véritables enjeux, LSF, 1986
- Tiers Mondes. Controverses et réalités, Economica, 1987
- Une Tragédie banalisée, la faim dans le monde, Hachette-Pluriel, 1991
- "Les Tiers Mondes", La Documentation photographique, n°7014, Documentation française, 1992
- Le Gaspillage de l'aide publique, Seuil, 1993
- Le Sud dans la nouvelle économie mondiale, PUF, 1995
- Le sous-développement, PUF, "Que sais-je?", 1996
- Ceux qui vont mourir de faim, Seuil, 1997
- La Coopération Nord-Sud, PUF, "Que sais-je ?", 1997
- La Faim dans le monde. Comprendre pour agir, PUF, 1999 (Prix Conrad Malte-Brun, Société de Géographie 2002)
- Action contre la faim, sous la coord. de Sylvie Brunel : Géopolitique de la faim (2001) ISBN 2-13-050132-X
- Famines et politique, Presses de Sciences Po. (2002) ISBN 2-7246-0873-9
- Frontières, Denoël, 2003. (Roman) ISBN 2-207-25462-3
- Le développement durable, PUF, "Que sais-je ?", 2004
- L'Afrique. Un continent en réserve de développement, Éditions Bréal, 2004, ISBN 2-84291-866-5
- L'Afrique dans la mondialisation, La documentation photographique, n° 8048, La documentation française, 2005
- "La Déliaison", (Roman avec Ariane Fornia), Denoël, 2005
- La planète disneylandisée. Chroniques d'un tour du monde, Éditions Sciences humaines, 2006
|
Signaler un abus à propos du Blog ESC Grenoble
|