Derniers posts : Chantal Malignon mon blog mot à mot
| Coâââ !Tue, 29 Apr 2008 12:23:00 GMT C?est le cri de victoire du Crapaud le jour de la grande métamorphose. Une pièce écrite il y a quinze ans qui dormait au fond d?un tiroir. Et puis un jour, allez savoir pourquoi, je remarque un entrefilet dans la Newsletter de la SACD annonçant un concours d?écriture théâtrale. Je plonge les mains dans la mare et j?en sors cette bizarrerie, l?histoire d?un homme qui s?invente une vie, une mère, des succès et des femmes tout en menant une existence de solitude abyssale. Et voilà comment une décennie et demie plus tard, la rencontre avec les bonnes fées a lieu. ?Le Crapaud? émerge au milieu de trois cents manuscrits et gagne ce dont rêve tout auteur : sa publication et sa création dans un théâtre.
Le Crapaud, 13 et 14 juin, 20h30, au Théâtre Montansier à Versailles. Réservations : 01 39 20 16 16 Mise en scène de Thierry Lavat. Avec Gilles Kneusé et Clémence Boué. | La femme placardSat, 12 Apr 2008 20:42:00 GMT
La femme placard est une pièce que j?ai écrite après. Enfin, quand je dis que c?est une pièce, c?est un texte pour femme seule, je dirais même ?toute seule?, c?est un texte qui parle de l?après justement, quand on est tombée et qu?il faut renaître de l?amour pour ne pas en mourir. C?est un texte sur un amour qui s?accroche? mais je ne vais pas tout vous raconter. La femme placard est publiée aux Editions de l?Amandier. Il suffit de cliquer juste à côté pour le commander. Mais non bien sûr, vous voulez en savoir plus. Le début peut-être ? Alors ça commence comme une journée qui démarre? je cite mot à mot : ?Ce matin, je me suis réveillée à huit heures. C?est tôt pour un samedi. J?ouvre un ?il? puis l?autre? je bâille? C?est étrange, rien n?a changé et pourtant, j?ai bien dormi. Je reste là, sans bouger, les yeux fixés sur le lampadaire. Toute cette poussière? A un autre moment, hier par exemple, je serais montée sur un escabeau et j?aurais gâché ma journée. Mais là? je me dis tiens il y a de la poussière sur le lampadaire, sans me sentir oppressée, sans émotion particulière. Dehors, on entend les oiseaux qui piaillent. Les minutes s?étirent? C?est fou comme le temps passe vite à ne rien faire. ? Elle va mettre un peu de temps à se réveiller, normal, ça fait dix ans qu?elle dort. Ça fait dix ans qu?elle croit qu?un amour à défaut d?être éternel peut durer une éternité. Dix ans qu?elle aime un homme qui lui ment. Voilà. C?est l?histoire banale (d?aucuns diront universelle) d?une femme qui tourne en rond? mais comment rebondir quand on n?est pas commode, quand on ne s?accommode pas avec les compromis, quand on est incapable de caser l?adultère dans un tiroir fermé à clef ? Comment s?en sortir quand on est une femme placard, avec une seule porte, un seul homme dedans et un immense foutoir? C?est l?histoire d?un amour qui ne veut pas mourir. Et pourtant, on aura tout essayé. Toujours pas ?? Je veux dire, vous êtes encore là ? Vous ne vous êtes pas jetés sur le site des Editions de l?Amandier pour découvrir leurs pièces et autres publications ? Les livres sont beaux et les auteurs nouveaux. ?NOUVEAUX !?, normalement, ça attire en linéaire ! Non ? Bon, je vais me coucher. | LibidoWed, 09 Apr 2008 16:40:00 GMTElle se maquille. Dans quelques heures, il sera de retour et elle, elle sera prête. A arracher son couple aux affres du quotidien, à lui insuffler une deuxième vague de désir, à le ressusciter dans toute sa violence originelle. Elle a réfléchi. Non, elle ne renaîtra pas femme dans les yeux et par le sexe d?un autre. Non au con qui palpite, au c?ur qui s?envole, à la vie qui bascule. Non à l?amant qui ouvre les portes d?un autre devenir. A quarante ans et deux enfants, on ne devient pas, on reste. On tient bon, on s?accroche, on se fait belle pour l?homme qu?on aime. C?est ce qu?elle se dit en finissant de s?épiler le maillot. Succomber à la tentation au risque de tomber amoureuse ? Et se laisser dépasser par l?appel du ventre ? Quand le ventre dévore l?âme tout entière, le voyage d?amour peut durer des années, mais se referme toujours sur la même impasse: une jolie maison remplie de canapés confortables, des enfants à échelle variable, une voiture neuve et deux êtres qui prennent du poids ensemble, signes extérieurs de réussite conjugale. A l?intérieur, une libido mutilée, une complicité qui ronronne, des regards qui se croisent sans plus jamais se rencontrer. Elle souffle sur son vernis et faisant danser ses doigts dans l?espace. Bientôt, quand il ouvrira la porte, il me prendra en plein milieu des yeux, espère-t-elle. Il se dira avec étonnement: « Elle, c?est ma femme. » Il y aura de l?admiration dans cette pensée. Toute la journée, il s?occupera des enfants sans me lâcher du regard. Il ne me parlera pas, ou si peu, marre des mots camarades ! Il m?adressera un silence vibrant de désir, oui c?est ça, et peut-être que ce soir, oui peut-être, il n?attendra pas la fin du film, puis la fin du journal télévisé, puis la fin des pubs, il n?attendra pas que le désir ait déménagé de mon corps au sien pour poser une main sans inspiration entre mes fesses glacées. Il n?allumera pas cette putain de télé, non il prendra le temps de me regarder de de me goûter. Il me fera jouir de surprise. Elle continue de réveiller son désir en appliquant son gloss . Elle enlève ses bigoudis et des mèches caramel s?abattent sur son visage. Il ouvre la porte? Déjà ! Vite, vite, elle se parfume, vite elle s?avance, vite elle ralentit, lentement elle avance dans le couloir. « Mmh, ça sent bon ! ». Elle frémit dans ses effluves d?Angel. Mais c?est du poulet qu?il parle. | InappétenceTue, 08 Apr 2008 20:09:00 GMT - Mange ! Maman n?a pas compris que ça ne sert à rien de m?exhiber ces assiettes remplies de pâtes, de riz, de pommes de terres baignant dans l?huile. Une fois de plus, elle me fait sa crise, me menace d?expulsion si je ne mange pas et moi je réponds que si elle continue, j?irai crever à l?hôpital. Je préfère l?intraveineuse à tout ce gras.
- Essaie la verte. Maman attend, cigarette au bec. Que j?essaie une de ses fichues robes. J?ai la tête qui tourne. J?obéis. J?ôte mes vêtements lentement. Ses yeux songent : Dio mio, quelle misère, cette petite qui pesait presque cinq kilos à la naissance. Ses petits plis sur les fesses. Toute cette bonne chair à bécoter. Dont il ne reste qu?un souvenir vaguement heureux. Evidemment, je nage dans la robe que je viens d?enfiler. Autant habiller un balai. Il n?y a qu?au teint qu?elle me va. Vert olive. Maman laisse échapper un soupir. Une bouffée de désarroi. Elle me prend dans ses bras. Elle me serre. Elle m?étouffe de baisers. - A table ! Je descends l?escalier qui mène à ma torture. Une assiette de risotto dégoulinant. Papa s?empiffre. Maman sauce son plat. Moi, je fais des dessins sur le riz avec ma fourchette. Il fait nuit maintenant. Je suis seule devant mon assiette. J?ai construit un très joli château de riz. Avec des créneaux bien compacts, bien réguliers. - Au secours ! crie la princesse. - J?ai faim ! crie mon ventre. - Tu vas nous manquer. C?est au tour de papa de serrer le balai dans ses bras. Aujourd?hui, le balai porte une robe mauve émaillée de fleurs blanches. Un bouquet de printemps pour fêter leur départ. C?est le grand jour. On se dit au revoir sur le perron, à l?ombre du grand chêne. Il fait une chaleur caniculaire pour un mois de juin. - Moi aussi. Je voulais dire vous aussi, vous allez me manquer. Maman est déjà dans le taxi. Le visage collé contre la vitre. Ses yeux écarquillés filment les dernières images qu?elle emportera de sa maison: une bâtisse étroite enrubannée de lierre, un arbre au milieu d?un mouchoir de poche verdoyant. Et cette jeune femme flottant dans une vieille robe à fleurs qui dit au revoir de la main. Une jeune femme sans chairs et sans désirs. Une petite fille issue d?un amour trop grand et qu?on n?a pas su aimer. Je sais que ma mère en préparant les spaghettis pour mon père s?inquiétera toujours si j?ai mangé. Mon ombre plane au-dessus de leurs assiettes. | AlcooliqueTue, 08 Apr 2008 18:48:00 GMT Vous voyez ce qu?on m?a mis sur le dos ? Non, attendez, je me tourne? Là, vous le voyez le mot que personne n?arrive à me dire en face ? ?Alcoolique?. Non? vous voyez pas? ? Vous êtes comme les autres? même ma femme s?y est mise, vous devriez la voir tourner autour de mon verre comme une prédatrice, elle attend le moment opportun pour attaquer : « Michel, tu es alcoolique » Elle attend le moment, mais des moments opportuns au dialogue dans les journées d?un buveur, vous pouvez les compter sur les doigts d?une huître, parfois vous pouvez traquer un moment pendant des journées, des semaines, voire des années entières avant de mettre la main dessus. Et quand enfin, vous l?avez, ce foutu moment où votre pote, votre mari ou votre fils est disposé à vous entendre, où il en a marre de boire, marre de lui, marre de se sentir sale même sous la douche, quand enfin vous l?avez ce foutu moment : vous n?avez plus les mots. C?est peut-être parce qu?il y a ?hic? dans ?Alcoolique?. Bon, je vous rassure tout de suite, je ne suis pas un?non? oui, bon, parfois je pousse un peu, c?est vrai, il m?arrive de prendre une biture et de vomir sur le canapé, mais c'est quoi? à peine une fois par semaine!? Trop la honte! dirait mon fils. Ce gosse est totalement immature. On ne peut pas lui parler sans qu?il se mette à bégayer. ?La hon-hon-hon-te? C?est peut-être pour ça que ma femme n?invite plus personne à la maison, ou alors que plus personne ne veut venir, ce qui revient au même? trop la honte ! Oui, c?est vrai, je suis un peu sous pression en ce moment, on est sur un très gros coup à l?agence? et puis j?ai toujours eu le foie fragile? c?est pas nouveau, depuis que je suis haut comme ça, je vomis pour un oui ou pour un non? ok, j?avoue, parfois moi aussi, j?ai honte? le matin en voyant ma gueule enfarinée dans la glace? oui, j?ai honte? mais ça dure quoi ? Le temps de boire un coup. La bouteille de Johnny B. est planquée sous le lavabo. Moi, ça me rend propre de boire.
| bonjour Tue, 01 Apr 2008 19:08:00 GMT C'est le premier mot de ce blog. Un ?il s?ouvre, un c?ur bâille. ?Bonjour !? Le premier mot d'une journée qui démarre. ?Bonjour !? Un ?bon jour?, c?est un jour qui ne fait pas la gueule et qui a les dents propres. Un jour sans emmerdes, sans dégâts des eaux ni grève, sans factures inopportunes ou culpabilités abusives, sans surpoids sur le dos ni regrets sur le c?ur. Un ?bon jour? roule warnings éteints du réveil jusqu?au sommeil et passe sans faire de bruit sur le temps qui s?écroule. Un ?bon jour? est une journée où l?on a été heureux sans le savoir. ?Très bonjour !? Ça, c?est un jour puissance deux. C?est un jour qu?on remarque, c?est un jour qui laisse une trace. Je ne parle pas des jours tonitruants qui vous assènent le contrat inespéré, la récompense rêvée ou l?amour foudroyant, non, ces jours-là ne sont pas bons mais grands. Et les grands jours n?aiment pas les heures tempérées, les grandes joies s?accommodent mal du tic tac modérateur, les grandes émotions détestent le temps qui défile parce qu?il finit toujours par les emprisonner dans sa toile. Non, je parle des jours aux voix humbles qui s?éclairent de trois fois rien: l?embrasement soudain d?un ciel plombé, une rencontre lumineuse au coin du parapluie ? Votre regard neuf sur quelque chose de quotidien : cette vieille paire de chaussures qui brillent au soleil ou cette main qui se pose comme chaque jour sur la vôtre mais dont vous ressentez subitement l?incroyable tendresse? une sensation furtive qui impose sa beauté, le goût rond du chocolat, le sourire large d?un inconnu, un géranium dégoulinant de sollicitude sur un balcon, un détail qui accélère votre pouls, cette sensation fugace, poignante, ce trois fois rien qui vous fait impérieusement ressentir combien il est bon d?être vivant ici là et pas ailleurs et pas demain, un ?très bon jour? ! C?est ce très-bonjour-là que je souhaite à ceux qui sont arrivés jusqu?ici parce qu?ils me connaissent et aux autres tombés là par hasard et qui me connaîtront peut-être? ou pas, quelle importance ? Pour moi ? Aujourd?hui fait partie des grands jours, ceux qui fanfaronnent et parlent trop fort puisque, enfin, je l?ai créé, ce fichu blog !
|
Signaler un abus à propos du Blog Chantal Malignon mon blog mot à mot
|