Un polar amateur - Vulgaire Troupeau
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Acte 2 - 3
30.« Les destins n?ont jamais de faveur qui soient pures. »André ChénierYin et Bright marchèrent d?un pas rapide jusqu?au bureau de Celneuve. Le commandant avait chaussé ses lunettes de vue et consultait méticuleusement un paquet de feuilles posé en face de lui. À leur arrivée, il releva aussitôt une tête joviale et tendit un feuillet dactylographié à Bright.? Regarde ça.Bright parcourut rapidement la feuille des yeux. C?était une liste de noms. Celui d? Istan McCala lui sauta en pleine figure, mais à part ça, il ne remarqua rien de
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Acte 2 - 2
31.« L?homme développe, perfectionne ou déprave mais il ne crée rien. »Antoine Fabre d?Olivet Bright balança à la poubelle les fringues empruntées à l?hôpital et prit une longue douche brûlante, puis il s?installa quelques instants sur le fauteuil usé face à son ordinateur, un verre de whisky à la main. Il poussa un profond soupir de lassitude avant d?avaler une grande lampée d?alcool. Le liquide ambré atténua légèrement le goût infect qui lui pourrissait la bouche. Il avala le reste du verre en grimaçant. Putain de journée? Ouais, songea-t-il. Put
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Acte 2 - 1
32.« On entendit, comme autrefois à Jérusalem, une voix qui disait : Les dieux s?en vont. »Chateaubriand Dossier : X-0R6-08-2006. Egelonne. Liste partielle. Conviction 3?A. ALLET Louis ALLET Philippe AMIL Eric ALLIX Christian BARON Thierry ANGER Sébastien ALLOUCHE Paul BAUDRY Christophe BALLUET Eric ALMOUZNI Geneviève BAZIRE Morgan BARRE
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Acte 1 - 16
33.« Une explication, quelle qu?elle soit, ne peut être qu?en trop face à la présence des choses. »Edgar Morin Un événement incroyable se produisit. Plus tard, avec tout le loisir de ressasser l?enchaînement de ces événements, Katell se maudira de ne pas avoir tout de suite compris. Tout ça, depuis la disparition de Sophie et de son père à la découverte épouvantable du corps du professeur Mattéo, oui tout ça aurait dû lui mettre la puce à l?oreille. Mais à froid, et à la faveur des nombreuses atrocités qui se produisirent encore par la suite, les chose
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Acte 1 - 15
34.« Aimer son prochain est chose inconcevable. Est-ce qu?on demande à un virus d?aimer un autre virus ? »Emil Cioran À la sortie du village de Gignac, la camionnette tomba brusquement « nez à pare-chocs » avec un groupe de gens amassé au beau milieu de la départementale. Sans l?éclairage timide de deux lampadaires, Bright ne les aurait même pas vus. Il gueula en écrasant la pédale de frein. ? FUCK ! Les pneus du fourgon crissèrent bruyamment. Le véhicule fit une violente embardée sur la gauche. Bright donna un grand coup de volant pou
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Acte 1 - 14
35.« La plus grande force humaine, c?est le mépris de l?espèce. »Emile BergeratDossier : N-0B4-08-2006. Document #5/4?0D4.Reproduction.« On n?est jamais aussi vainqueur ni aussi vaincu qu?on se l?imagine. »Voilà bien une citation (j?ai oublié de consigner son auteur sur mon cahier) qui colle parfaitement à ma soirée d?hier.Car celle-ci fut pour le moins très curieuse.Et très mouvementée.16h : mon avion posait à peine ses grosses ailes à l?aéroport de Milan que je sautais dans un taxi direction la gare Centrale. À la consigne numéro
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Acte 1 - 13
36.« Pour moi, devant ce monde, je ne veux pas mentir ni qu?on me mente. Je veux porter ma lucidité jusqu?au bout et regarder ma fin avec toute la profusion de ma jalousie et de mon horreur. »Albert CamusLe bus était dans un état pitoyable. En pénétrant à l?intérieur, Katell avait maladroitement trébuché et se serait étalée de tout son long dans l?allée centrale (couverte de papiers gras, de vieux clous rouillés et de morceaux de légumes suspects) si un heureux réflexe ne l?avait pas sauvée in extremis. Un ressort qui dépassait du siège salvateur lui ta
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Acte 1 - 12
37.« Qui commence à aimer doit se préparer à souffrir. »Chevalier de Méré En une fraction de seconde, il avait fallu faire un choix. Et Bright s?était tu. Il devait attendre, pensait-il, attendre que tout ce petit monde soit enfin fixé sur l?étendu du désastre qui leur rongeait peut-être en ce moment même l?intérieur du corps. Chaque chose en son temps. Car Yin pouvait rapidement devenir instable, terriblement violent, hystérique même pour qui ne le connaissait pas bien. Bright avait eu tout le loisir de s?en apercevoir au cours de toutes ces années à c
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Acte 1 - 11
38.« Il y a la multitude infinie de ceux qui ne sont plus à naître et qui n?ont pas encore assez souffert pour mourir. Il y a ceux qu?on écorche vivants, qu?on coupe en morceaux, qu?on brûle à petit feu, qu?on crucifie, qu?on flagelle, qu?on écartèle, qu?on tenaille, qu?on empale, qu?on assomme ou qu?on étrangle, en Asie, en Afrique, en Amérique, en Océanie, sans parler de notre Europe délectable. »Léon Bloy Dossier : N-0B4-08-2006. Document #5/4?0D4. Reproduction. Les choses prennent parfois une tournure insoupçonnée. Après plus de de
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Acte 1 - 1
0.« On se suicide toujours trop tard. »CiorantLa mer crachait ses rouleaux d?écume contre les rochers acérés, en bas de la falaise. Elle songea que cette matinée ressemblait à toutes les autres, si ce n?est la douceur iodée de l?air. Un couple de puffins virevoltait au-dessus de l?eau en quête de nourriture, tournoyant dans une valse élégante au rythme de la brise. Au large, elle aperçut la silhouette éthérée d?un bateau de pêche en route pour les grands bancs de thons. Toujours plus loin?Ses douleurs à la tête palpitaient terriblement, mais elle décid
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Acte 1 - 10
39.« Oui, je sens sur mon front mes cheveux se dresser? »Népomucène LemercierMalgré le décalage horaire, Katell ne ferma pas l??il de la nuit. La base de son cou commençait à la démanger, et sous ses doigts, elle sentait la forme naissante des boutons d?herpès qui accompagnaient systématiquement ses crises d?angoisse.Le mot incompréhensible de sa s?ur emplissait sa tête d?interrogations obsédantes. Une ribambelle de questions sans réponse tournait en boucle à l?intérieur de son crâne, comme le saphir d?un antique électrophone qui peine à changer de
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Acte 1 - 9
40.« L??il était dans la tombe et regardait Caïn. »Victor HugoTous s?étaient réfugiés dans leurs songes, le visage grave et tendu. La fille sanglotait sur son banc en reniflant bruyamment, mais plus personne ne prenait la peine de la réconforter. Yin, la tête penchée sur le côté, somnolait au rythme langoureux des cahots de la route.Bright repensa à tous ces gamins à moitié liquéfiés dont les corps jonchaient le sol de la clairière. Une affreuse impression de déjà vu l?obsédait. Les usines d?extermination nazies. C?était l?image qui lui avait inst
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Acte 1 - 8
41.« La meilleure preuve de la misère de l?existence est celle qu?on tire de la contemplation de sa magnificence. »Sören KierkegaardDossier : N-0B4-08-2006. Document #5/4?0D4.Reproduction.Il faisait beau ce matin. Un grand soleil radieux qui éclabousse les visages en les réchauffant délicatement de son énergie thermonucléaire. Les chiens pissent contre les lampadaires pour attirer les femelles et faire fuir les prétendants, les menthes religieuses se font féconder avant de bouffer la tête du mâle, les renards se dévorent les pattes. Quelque part, peut-être
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Acte 1 - 7
42.« Ce n'est pas parce qu'il y a une rose sur le rosier que l'oiseau s'y pose : c'est parce qu'il y a des pucerons. »Jules RenardPresque minuit.Sophie n?était pas venue. Katell attendait maintenant depuis plus de cinq heures. Le hall de l?aéroport s?était peu à peu vidé de tous ses occupants, laissant la place à un endroit sinistre où ne traînait plus qu?une poignée de femmes de ménage.L?hôtesse s?était éclipsée vers vingt heures en la saluant d?un geste de la main. Katell avait répondu d?un sourire crispé qui signifiait : « Tout v
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Acte 1 - 6
43.« Il ne savait pas que, pour les rois, le monde est très simplifié. Tous les hommes sont des sujets. »Antoine de Saint-Exupéry Bright sentit perler sur son front une nuée de gouttes glacées. C?est un cauchemar. Un foutu cauchemar. Yin, devant lui, observait la clairière maculée de cadavres sans broncher. Bright se massa les tempes du bout des doigts. Le mal de tête s?était enraciné plus vite qu?à l'accoutumée, comme une mauvaise tumeur, martelant sa cervelle à grands coups de marteaux piqueurs. Sa bouche était pâteuse, et sa langue lui donnait l?im
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Acte 1 - 5
44.« Nous devons croire que tout a une cause, comme l'araignée tisse sa toile afin d'attraper des mouches, et le fait bien avant de savoir qu'en ce monde il existe des mouches. »Georg Christoph LichtenbergDossier : N-0B4-08-2006. Document #5/4?0D4.Reproduction.Hier il pleuvait des vaches, comme toujours, sur cette foutue Irlande. Il faisait chaud aussi, mais ça, je m?en moque. La pluie, par contre, je n?aime pas trop, et particulièrement quand je dois faire le pied de grue à l?extérieur. Dans ces cas-là, j'enfile un vieux poncho de l?armée, mais je déteste l
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Acte 1 - 4
45.« Il en est en amour comme en toutes choses. Ce qu'on a eu n'est rien, c'est ce qu'on n'a pas qui compte. »Paul LéautaudKatell détestait l?avion.Comme pour les marées noires qui ne provoquaient pourtant qu?une infime partie de l?anonyme pollution générale, mais qui avaient le mérite d?être soudaines, brutales, et par conséquent médiatiques, les crashs aériens relatés à la télévision accentuaient son impression d?horreur de leurs images bouleversées. La peur irrationnelle d?une catastrophe la tétanisait chaque fois qu?elle devait pénétrer dans ce g
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Acte 1 - 3
46.« Il n?y a de long ouvrage que celui qu?on n?ose pas commencer. Il devient cauchemar. »Charles Baudelaire Comme à son habitude, Bright ne dormait pas lorsque le téléphone déchira de son irritant piaillement le silence nocturne de son appartement. Sans détourner le regard de l?écran, il décrocha le combiné qu?il cala entre sa joue et son épaule.? Ouais, marmonna-t-il en tapotant d'un doigt sur son clavier. Qui c?est ?Bright passait la plupart de ses nuits d?insomnie à surfer sur la toile (le « détritus » comme il aimait l?appele
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Acte 1 - 2
47.« L?effroyable translation de l?utérus au sépulcre qu?on est convenu d?appeler cette vie, comblée de misères, de deuils, de mensonges, de déceptions, de trahisons, de puanteurs et de catastrophes. »Léon BloyDossier : N-0B4-08-2006. Document #5/4?0D4.Reproduction.Sinistre.L?existence est sinistre.Certaines statues bien pensantes clament pourtant haut et fort qu?elle vaut la peine d?être vécue. Qu?elle est farcie d'épisodes sympathiques, délicieux, d?instants magiques tantôt trivialement beau, tantôt ouvertement magnifiques. Qu?il suffit de
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